Sinon j'oublie

Clémentine Mélois : l’herbier des supérettes

07/04/2017

L’artiste Clémentine Mélois, notamment connue pour ses détournements de couvertures de livres, vient de publier Sinon j’oublie, un drôle de recueil mettant en regard une collection de listes de courses abandonnées et les textes qu’elles ont inspiré à l’auteure. Une démarche savoureuse qui l’inscrit dans les pas de ses aînés oulipiens et nous renvoie aux origines de la littérature.  

Clémentine Mélois en un clin d’œil :

Née en 1980, Clémentine Mélois est auteure et artiste plasticienne. Après des études aux Beaux-Arts de Paris, elle se spécialise dans le document imprimé et se fait connaître par ses jeux sur les codes de la photographie et de l’édition. Elle a notamment publié chez Grasset un recueil de ses détournements de couvertures, Cent titres, en 2014. Elle participe régulièrement à l’émission "Les Papous dans la tête" sur France Culture.

 

Pourquoi on aime Sinon j’oublie :

 

De nombreux écrivains ont la passion des listes. Clémentine Mélois est de ceux-là. Après s’être fait connaître du grand public avec ses détournements de couvertures de livres (parmi lesquels l’excellent et désormais culte "Maudit bic"), elle exprime à présent son art dans Sinon j’oublie chez Grasset. Elle y marche dans les pas de ses aînés oulipiens – L’herbier des villes d’Hervé Le Tellier (Textuel) n’est pas loin – en dressant une collection de listes de commissions trouvées dans la rue. A partir de ces trésors du quotidien, elle imagine entre poésie et facétie, les monologues intérieurs et autres rêveries ou coups de gueule de leurs auteurs.

 

Sur une page : la reproduction du petit papier. Sur l’autre, le texte. Entre deux : l’infini des possibles et donc de la littérature. D’une orthograghe, d’une graphie, du choix des mots ou encore du papier, se déploie alors toute une galerie de personnages, de manies, de vies, d’histoires. Clémentine Mélois nous livre tout à la fois une sociologie et une poétique des trottoirs qui cache tout un monde en somme.

 

On ne peut s’empêcher de suivre l’auteure dans le voyage intérieur qui l’a menée à poser ces mots : trouver un prénom, un âge, une classe sociale, un ton, une préoccupation... Il y a Pierette ("Arlequin. Alcols ménage. Ici Paris maxi. Yaourts.") pour qui "Chez Unico, c’est mieux d’y aller tôt" ; Mireille ("Coton"), qui se demande où les politiques peuvent bien mettre leurs affaires sans sac à main ; André ("2 filets darents") qui considère qu’à son âge, "on a bien gagné le droit de ne rien foutre" ou encore Oscar ("pistolets flèches. avions. batmans. pirates. catapulte. épées") qui "espère qu’il reste des Chocoprinces à la fraise, ceux à la vanille ils ne sont pas bons."

 

Des mondes intérieurs donc mais aussi un paysage du nôtre. En quelques bribes, Clémentine Mélois fait mouche et parvient à une entreprise de littérature totale.

 

La page à corner : 

 

Sinon j’oublie dans la presse :

 

"… Clémentine Mélois passe en revue tous les avatars du roman. Sinon j’oublie n’oublie rien. Une vraie liste littéraire." Damien Aubel, Transfuge.

 

"Bilan : malicieux, facétieux, gracieux, un livre tout en cieux, du côté de chez Queneau ou Pérec, régalant !", François Angelier, France Culture.

 

"Aller-retour entre le réel et la fiction, ce livre est un bel exemple de ce qu'on peut faire avec le banal : de la poésie, du drôle et de l'émouvant." Thomas Baumgartner, Radio Nova.

 

Noémie Sudre

 

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