Bertrand Santini ("Le Yark", "Jonas, le requin mécanique") : l'interview monstre !

16/02/2015

Le désormais célèbre Yark et Jonas, le requin mécanique, drôles de créatures apparues au catalogue de Grasset jeunesse sous la plume de Bertrand Santini, nous ont fait frémir chacun à leur manière et poursuivront bientôt leur office au cinéma. De quoi nous donner des envies d’interview MONSTRE avec un auteur qui raffole de l’équation peur+rire* imagination/émotion.

MyBOOX : Quels sont les monstres de votre enfance ?  

 

Bertrand Santini : J’ai un rapport aux monstres, aux fantômes et au cinéma fantastique très précoce. Dans Blanche-Neige et les sept nains ce qui m’intéressait, c’était la sorcière. J’ai toujours été fasciné par les représentations des cimetières, tout ce qui était sombre, inquiétant. J’y ai toujours vu, quelque chose de réconfortant et non de menaçant (d'ailleurs, dans mes livres le macabre est toujours associé à la douceur, à la tendresse, à la consolation). J’allais plutôt voir des films qui n’étaient pas de mon âge. J’ai vu Shining à douze ans : ma plus grande révélation de cinéma. A l’époque, je ne l’ai pas vu comme un truc angoissant sur la folie, la famille, les pulsions destructrices, j’y ai vu un conte de fées, un château dans la neige !

Qui sont vos monstres sacrés ?

 

BS : Stanley Kubrick, justement, m’a ouvert le monde. A dix ans, j’étais déjà un cinéphile. On me demande souvent quels sont les livres qui m’ont embarqué, mais je ne lisais pas... J’allais dans les salles. J’étais fasciné par Les Sœurs Brontë d’André Téchiné, All That Jazz de Bob Fosse, Bergman un peu plus tard, et puis Kurosawa…

 

Quel objet trouvez-vous monstrueux ?

 

BS : Un aéroport. Les voyages me terrifient. Je déteste sortir de chez moi. Je suis aussi mal dans un aéroport que dans un hôpital. C’est le Styx, le lieu du départ des morts. Ce serait un bon endroit pour faire un film d’horreur tiens…

Le Yark et Jonas nous font aussi beaucoup rire…

 

BS : Je ne suis pas un créateur de gags. L’humour, je le mets dans le ton, dans le style, dans le côté pince-sans-rire. Sans dérision dans l’histoire et dans le rapport de l’auteur à ce qu’il fait, un livre - surtout pour les enfants -  ne peut pas fonctionner.  

 

Derrière votre amour des monstres se cache un véritable attachement à la cause animale... 

 

BS : Aurélien Barrau, astrophysicien spécialisé dans la formation de l’univers, estime que l’une des plus grandes faillites de l’humanité c’est son rapport à l’animal. On doit à tout prix enseigner que le problème de la souffrance animale est fondamental. Dans la façon dont l’homme a traité l’animal, particulièrement ces cent dernières années, il y a en creux la définition que l’homme se fait de lui-même c’est à dire qu’il s’est totalement exclu du champ des êtres vivants. Il a chosifié tout ce qui est extérieur à lui et il se comporte comme un nazi. Cela touche évidemment tous les champs : économique, écologique, politique etc. Mais c’est surtout un problème philosophique fondamental : "Peut-on chosifier son prochain ?" Moi je pense que non. On ne peut pas être choqué par des enfants qui crèvent de faim si on n’est pas choqué par les élevages en batterie. C’est le problème qui contient tous les problèmes.

 

Quel monstre caché sommeille en vous ?

 

BS : Un monstre en colère et triste de la souffrance répandue par l’homme. Mais bon, je commence à accepter…

 

MB : Bientôt un prochain livre (de) monstre ?

 

BS : Le Journal de Gurty sort au mois de mai chez Sarbacane. C’est un roman que j’ai moi-même illustré cette fois, le journal intime d'un chien durant ses vacances en Provence. Sinon, le prochain s’intitulera Hugo de la nuit, un ancien scénario que je n’ai pas réussi à tourner. C’est mon livre chouchou. Je serai heureux de le savoir entre les mains des gens.

 

Propos recueillis par Noémie Sudre

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