Livre associé à la critique
Premier bilan après l'apocalypse Frédéric BeigbederVous êtes sur le profil de Tasha LN
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CritiqueDans cet essai au titre singulier, Frédéric Beigbeder, troubadour des librairies, part en guerre contre l'édition numérique en quelques 430 pages noircies en forme de hit-parade, celui de ses oeuvres littéraires préférées, celles qu'il faut sauver à tout prix. L'auteur reconnaît volontiers que son choix est "subjectif, injuste, bancal, intime", désamorçant ainsi d'emblée les critiques relatives à ce genre d'exercice. L'écrivain a l'habitude des listes. Il y a dix ans, il avait commenté celle des cinquante livres préférés des Français, établie à partir d'un sondage réalisé par la FNAC. Beigbeder le critique l'avait fait de bonne grâce mais Frédéric le lecteur était resté sur un goût d'inachevé, s'y retrouvant à l'étroit, empêché, gêné aux entournures. D'où ce livre "subjectif et intime" qui lui permet de développer et d'orienter le sujet comme il le souhaite. Dans son "Premier bilan après l'Apocalypse", il renoue avec l'impertinence et les éclaboussures en choisissant d'imposer ses propres coups de coeur, directement piochés dans sa bibliothèque personnelle. Oubliés les Budé ou Lagarde & Michard d'antan. Fi aussi des grands classiques "incontournables". Lui les contourne et choisit des ouvrages écrits entre 1895 ("Paludes", d'André Gide) et 2007 ("Nada existe" de Simon Liberati). Le grand côtoie l'anecdotique, l'ultraconnu alterne avec le point d'interrogation. Beigbeder y cultive une nature boulimique avec sa verve habituelle. Il délaye astucieusement sa touche de bon goût dans un joyeux bordel foutraque. San Antonio fréquente Paul-Jean Toulet, Montherlant voisine avec Lolita Pille, Virginie Despentes avec Primo Levi. La bibliothèque idéale de Frédéric Beigbeder s'apparente à un grand écart : il y a de l'aplomb, de la souplesse et un peu d'extravagance. Son goût va plutôt aux mauvais garçons qui boivent, jurent, fument, brûlent la vie par les deux bouts et parfois se suicident. Pour la fin du XXème et le début du XXIème siècles, les variantes trash et rock'n'roll sont plébiscitées. Les femmes, moins nombreuses dans cet inventaire, ne sont pas non plus de jeunes filles sages, à l'image de Karen Blixen, Françoise Sagan, Lolita Pille.
Frédéric Beigbeder incarne l'image du bon élève qui aime plus que tout se distinguer en faisant le pitre, celui dont on dit "élève doué mais dispersé, indiscipliné"... Il s'enivre parfois avec son style, se perd dans les métaphores qu'il emploi avec excès. On soupçonne aussi quelques amitiés de circonstance mais on lui pardonne tant il y a de déclarations d'amour sincère. Ce bilan, finalement très intime, est celui d'un homme mûr qui se retourne vers la magie de ses lectures adolescentes avec une jolie pointe de nostalgie.














