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Lecteur Officiel

Critique de "Une femme fuyant l'annonce"

Sa note:
Le pouvoir des mots 10/09/2012 par
Cette critique a été lue 343 fois
  • 7 avis positifs
  • 0

résumé du livreLe jour où son fils Ofer se porte volontaire pour une mission de 28 jours au Liban, Ora quitte Jérusalem, préférant fuir l'annonce (probable, possible, éventuelle) de sa mort. Fraîchement séparée de son époux Ilan, elle part en Galilée aux côtés d'Avram, son amour de jeunesse, à qui elle "raconte" Ofer, espérant ainsi, par les mots, conjurer le (mauvais) sort.

CritiqueSi je devais parler de ce livre à un ami et lui expliquer pourquoi je l'ai aimé, je lui dirais ceci:
1) parce que j'y ai trouvé ce que j'ignorais chercher
2) parce que j'y ai lu ce que j'ignorais savoir.
N'est-ce pas le propre des grands romans? Vous ouvrir les yeux? Vous donner le privilège de mettre des mots sur un sentiment diffus que vous n'avez pas ou plus les moyens d'exprimer?
"Une femme fuyant l'annonce" est de ceux-là.

Amour (FOU), Amitié, Guerre, Famille, David Grossman aborde ces sujets avec la sagesse d'un homme qui a vécu mille vies, avec bonté et avec humanité. Parce qu'il n'est pas nécessaire de vivre en Israël pour vouloir que son enfant vive, l'histoire d'Ora est universelle. Elle est toutes les mères du monde et bien plus: épouse heureuse (jusqu'au moment où elle ne l'est plus, mais bon, ça arrive), maîtresse sensuelle et sans complexe faible et forte à la fois, elle en est aussi toutes les femmes. David Grossman brosse d'elle -de son âme- un portrait magistral qui restera pour sûr dans les mémoires.

J'ai été particulièrement émue par la foi de l'auteur, ou en tout cas par celle de ses personnages, en l'écriture.
Ora, Ilan, Ofer et Avram chérissent les mots qui deviennent source de joie, de jeux, boucliers ou talismans aux pouvoirs tels que l'on craint parfois de les prononcer ou de les entendre.
Dans le carnet qu' Ora utilise pour y consigner ses souvenirs (parce que, quand elle écrit, il est "sain et sauf", pense-t-elle), dans les lettres d'amour qu' Avram envoyait autrefois à Ora, dans les rimes rigolotes qu'Adam faisait enfant et, en premier lieu, dans cette annonce terrible qu'Ora fuit, David Grossman leur rend un bel hommage.

On pourrait également parler de l'amitié qui unit Ilan et Avram, de l'amour que celui-ci ressent pour Ora ou de l'état de guerre permanent qui traumatise le peuple d'Israël mais on ne le fera pas parce que ce serait trop long et que l'on en parlerait mal, forcément.

Deux choses pourraient toutefois, je crois, détourner le lecteur de ce chef-d'oeuvre:
1) Sur la quatrième de couverture il est écrit que l'auteur nous relate l'histoire de son pays de 1967 à nos jours. Je tiens à dire que ce n'est pas faux mais que ce n'est pas vrai non plus. On peut ne jamais avoir entendu parler de la guerre des 6 jours ou même d'Israël (!) et dévorer "Une femme fuyant l'annonce" comme le ferait Shimon Peres en personne! Le contexte politique est certes important mais pas essentiel à la bonne compréhension de l'histoire.
2)Le prologue de plus de 50 pages (mais sur 650, c'es peu) est déroutant: on ne sait pas où l'on est, ni avec qui, ni dans quel but. Un lecteur mal luné pourrait être tenté d'abandonner là Ora, Avram et Ilan, passant ainsi à côté du roman de l'année (dernière).

Autorisez-vous à sauter le prologue, si cela peut vous aider, mais
LISEZ CE LIVRE. In the name of love.

"Une femme fuyant l'annonce": pourquoi il faut toujours, toujours peser ses mots.


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29/10/2014

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