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Le passage de la nuit
Sa note:
Le passage de la nuit 17/02/2010 par
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Critique

La nuit est un peu comme un mystère, un moment que la plupart des gens ne vivent pas. Dans Le passage de la nuit, le lecteur est plongé au fin fond de la nuit tokyoïte, sans répit. Les clichés nous donnent à penser que ça ne sera que karaoké ou parc d'attraction, mais c'est sans connaître toute la fantasmagorie d'Haruki Murakami. Sa spécialité, qui est de confondre le tangible avec l'illusion, est dans cette œuvre largement mise en avant. Dans une nuit comme les autres qui ne semble être accessible que pour les perdus, les musiciens, les hommes d'affaire et les prostitués, des instants de vie se croisent, se lient entre eux et chaque mouvement d'un protagoniste a des répercussions sur les prochaines minutes d'un autre. Dans le monde de Murakami des instants surnaturels viennent sans cesse s'inviter dans la réalité et donc en s'endormant le soir ou en lisant un livre à minuit dans un café, on ne sait jamais vraiment où l'on pourra finir la nuit. C'est le cas de Mari et Eri, deux sœurs autour desquelles, en l'espace de quelques heures entre minuit et l'aube, vont graviter des personnages insensés, si bien que le lecteur ne sait jamais s'ils sont réels ou imaginaires. En tortionnaire calme mais impitoyable, génial tortionnaire, Murakami se transforme en voyeur, entrainant le lecteur avec lui. Qu'il soit tapi dans l'ombre d'une chambre, assis à la table d'un café ou à la réception d'un love hôtel, il ne perd pas une miette de ces moments irréels qui ne pourront déjà plus exister une fois le jour revenu. Et le lecteur est le témoin impuissant de scènes nocturnes, furtives, inexpliquées, et au fur et à mesure un léger malaise l'habite, comme s'il était à un endroit où il ne devrait pas être. Comme un étranger, un imposteur. Et si ce roman se dévore si rapidement c'est parce que la place du lecteur y est primordiale, et que Murakami l'incorpore au récit sans lui laisser le temps de se poser la moindre question. Et cela n'est pas gênant, au contraire, car quand le livre se referme c'est comme si l'on se réveillait, après un long rêve étrange, dont il ne nous reste que des bribes mais qui nous laisse des sensations insaisissables.

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