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Banquises Valentine GobyVous êtes sur le profil de Virginie Neufville
"La croissance intellectuelle et morale n’est pas moins indispensable que l’amélioration matérielle. Savoir est un viatique, penser est de première nécessité, la vérité est nourriture comme le froment. Une raison, à jeun de science et de sagesse, maigrit. Plaignons, à l’égal des estomacs, les esprits qui ne mangent pas. S’il y a quelque chose de plus poignant qu’un corps agonisant faute de pain, c’est une âme qui meurt de la faim de la lumière." Victor Hugo, *Les Misérables*, Partie VI, chapitre 7, 1862.
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CritiqueLa quatrième de couverture dit que c'est l'histoire d'une disparition: un jour, Sarah, vingt-deux ans, partie en voyage au Groenland pour guérir de la perte de sa meilleure amie, ne donne plus de nouvelles. Elle laisse des parents unis et désemparés devant la souffrance du vide et de l'attente, mais surtout une sœur de sept ans sa cadette,Lisa, qui va devoir grandir dans l'ombre du souvenir , mais "cette enfant ne peut pas combler le trou de l'autre". Adulte, maman et bien intégrée dans la vie, Lisa décide de retourner sur la banquise, à l'endroit où Sarah a décidé de disparaître. "Ça vient. C'est là", se dit-elle; l'évidence de ce voyage coule de source. Le temps efface les souvenirs, les polit, tel le vent sur la banquise polit les aspérités du paysage. Sarah devient une chimère impossible à rattraper, et Lisa se refuse à vivre comme ses parents qui "nient la rupture, la colmatent, [qui] sont dans l'éternel présent". Or, ce périple sera aussi pour elle l'occasion de se découvrir, et d'être en accord avec elle-même. Les thèmes de l'absence et de la perte ne sont pas nouveaux, mais Valentine Goby a voulu aller au cœur des choses usant et abusant parfois du ton omniscient pour décrire les sentiments, les émotions et les failles de chacun concerné par ce vide. Or, parfois, elle casse ce ton impersonnel pour s'adresser directement à Sarah ou au lecteur. Le choix d'un style ronronnant permis par l'usage récurrent de la virgule laisse parfois perplexe lorsqu'il veut exprimer la révolte de Lisa, obligée de grandir dans une famille devenue l'ombre de ce qu'elle a été. Je ne suis pas sûre que le Groenland peut être considéré comme un personnage de cette œuvre. Certes, l'auteur s'emploie à décrire les conséquences du réchauffement climatique sur cette terre située à 650 km du Pôle Nord et qui "ressemble à une tombe",ainsi que les retombées économiques et humaines que ce désastre écologique engendre, mais rien n'est dit véritablement sur l'attraction qu'elle provoque chez l'homme. Ainsi, à défaut de savoir ce qui s'est passé lorsque Sarah a touché le sol Groenlandais, à défaut de connaître enfin la vérité, la fin ne propose aucune piste d'explication et préfère rester dans un "flou artistique" dans le quel le lecteur se fera sa propre idée de l'influence de la banquise sur une jeune fille en deuil de sa meilleure amie.















