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lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu'à ce que l'idée se dissolve en moi comme l'alcool ; elle s'infiltre en moi si lentement qu'elle n'imbibe pas seulement mon cerveau et mon coeur, elle pulse cahin-caha jusqu'aux racines de mes veines, jusqu'aux radicelles de mes capillaires." Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude.  
Lecteur

Critique de "L'amour sans le faire"

Sa note:
La force vitale de la campagne 08/10/2012 par
Cette critique a été lue 300 fois
  • 3 avis positifs
  • 3

CritiqueEt si c'était la ville qui était le vrai désert, et la campagne l'endroit où les gens peuvent enfin sortir de la solitude? Le beau roman de Serge Joncour bouscule nos représentations de l'univers urbain comparé à celui de nos provinces reculées.
Pourtant, au début, j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans, je l'avoue. Le début est aride. Les deux personnages que l'on suit alternativement sont pleins d'ennui, ils crèvent de solitude: un cadreur qui a rompu avec ses parents paysans, et une jeune veuve bientôt au chomage. Déprimant.
Et puis, au moment où ils arrivent à la campagne, dans la ferme natale du personnage principal, tout change, et ce livre se met à vivre intensément, à vibrer, à devenir de plus en plus génial.
D'abord, il y a ce petit garçon qu'on devine hyperactif, casé là chez deux paisibles retraités, qui met un joyeux bordel- une boule dans un jeu de quilles- et ramène tout le monde à la vie: les vieux, leur fils prodigue, la maman un peu étrange. Ce petit tourbillon de joie, entraîne tous ces adultes moribonds vers les émotions, le mouvement, l'avenir. Les retraités partent à la mer et lâchent brusquement tout le monde à l'improviste.
Il y a un univers de cour de ferme tellement vrai que -même si je ne vais pas vous raconter ma vie- j'ai reconnu exactement la ferme de mes parents, jusqu'à l'oncle célibataire, ouvrier agricole pour le compte de son frère, qui vivait dans une annexe. Les paysans du village, vus d'abord comme des vautours, puis comme des gars assez sympas finalement, ce sont les mêmes aussi que chez moi. Ces parents qui refusent de vendre leur terre par fierté alors qu'il n'y a plus personne pour "reprendre", c'est exactement les miens aussi.
Les deux solitudes se rejoignent sans avoir besoin de beaucoup de mots ni de beaucoup de gestes, c'est une évidence qu'ils constatent, un bonheur qui leur arrive et qui s'installe à leur insu.
Il y a une scène superbe, particulièrement, celle de la mort du sanglier: Franck, le héros, doit achever cette bête agonisante, percutée par une voiture. Il a un mal fou à le faire. Il n'appartient plus à cette race virile des chasseurs, il se raisonne, il doit appuyer sur la gachette de cette carabine, mais vraiment il a du mal. En tuant l'animal, c'est comme si une étape était franchie, il a renoué avec quelque chose d'enfoui, il s'est rapproché de celle qui paniquait, il a remis de l'ordre et rassuré sa tribu. Il a même créé sa tribu, par ce geste fondateur, en quelque sorte.
J'ai été vraiment heureuse de lire ce livre car il donne vie à des gens de la campagne qui n'ont pas souvent leur place dans les romans d'aujourd'hui. Il y a une force authentique, quelque chose de très beau, dans la deuxième moitié du livre, un peu lent au démarrage.
Quant au titre, je l'ai trouvé un peu racoleur par rapport au contenu, car finalement, qu'ils ne fassent pas l'amour, ces deux-là, pendant ces quelques jours, ce n'est pas essentiel, d'ailleurs on imagine à la fin qu'ils vont peut-être finir par le faire, pourquoi pas. Le petit texte, plutôt joli, que l'on trouve sur le thème du titre, m'est d'ailleurs apparu plutôt comme une pièce rapportée que comme vraiment constitutif du roman, mais c'est peut-être une impression purement personnelle.
En tout cas, la lecture de ce roman a représenté pour moi un vrai moment de bonheur.

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01/11/2014

Commentaire:

  • 3 commentaires
  • But atteint ! J'ai même hâte de vous lire dans une prochaine critique ! Joyeuse journée

  • Fran KN

    Membre

    Contente de moi, alors! c'était le but!

  • là j'ai vraiment envie de le lire...

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