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« Il ne s'agit pas de peindre la vie, il s'agit de rendre vivante la peinture. » Pierre Bonnard... De la peinture à la littérature !  
Lecteur Officiel

Livre associé à la critique

Claustria
Sa note:
La fille des cavernes 15/02/2012 par
Cette critique a été lue 276 fois
  • 3 avis positifs
  • 8

CritiqueClaustria est l'une des lectures les plus terribles que j'ai jamais entreprises. Pour en rendre compte, l'idée m'est venue d'écrire comme un journal de cette plongée dans les ténèbres. Il serait trop long de le reproduire ici, en voici un résumé.
A l'origine du monde, des hominidés, debout, avec un cerveau qui grossit au fil des millénaires. Les mâles engrossent les femelles à leur portée, les pères leurs filles, les frères leurs sœurs et leur mère. Ce peuple des cavernes constate aux premières lueurs de son intelligence, que l'inceste mène à la dégénérescence ; l'instinct de survie condamne la pratique. Joseph Fritzl est du temps d'avant !
Il enferme sa fille prétendue rebelle dans la cave de sa maison, pendant vingt-quatre ans, en Basse-Autriche non loin de Vienne. Viol et inceste, des enfants naissent dont trois sont soumis à la captivité, constituant avec leur mère "le petit peuple de la cave" dont Fritzl est le démiurge, seulement relié au monde - les bons jours, par la télévision.
Je descends dans ce livre en apnée. Ce n'est pas ma respiration que je retiens mais ma sensibilité afin qu'elle soit prête à soutenir l'horreur. C'est un sentiment que lecteur, je n'ai pas ressenti depuis certaines pages des Bienveillantes. Je me souviens aussi de ma fascination pour L'Adversaire le roman d'Emmanuel Carrère inspiré de l'affaire Romand, voyage au tréfonds de la névrose humaine, cependant bien léger comparé à Claustria dans la mesure où l'horreur n'y fait son entrée qu'à la toute fin de la trajectoire mystificatrice du faux docteur. Dans l'affaire Fritzl, l'horreur est présente d'emblée, le diable est là qui guette ses victimes, prêt à violenter : le Fritzl du roman, le démiurge de la cave est un violeur ; pour lui dès sa jeunesse, rapport sexuel égal viol.
Régis Jauffret l'a mise en avant dans ses interviews à la sortie du livre, l'idée est reprise en prière d'insérer que Claustria est l'incarnation vingt-quatre siècles après, du mythe de la caverne de Platon. La fulgurance de l'analogie vaut-elle toutes ces heures, celles de l'écriture et celles de la lecture, à mouliner dans les ténèbres, auteur et lecteur sous le même orage d'abjection. La littérature est une manière de vivre d'autres vies... Ces vies-là ? Ce livre ? Pourquoi l'écrire ? Je pense l'avoir compris. Pourquoi le lire ? Mais, c'est un grand livre, magnifiquement écrit !

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  • 8 commentaires
  • (M.) Dominique Léger

    Membre officiel

    1- Je raisonne hors "tweets". 2- Quand je découvre - sur votre insistance... la sélection (malveillante ?) que fait Libé. des "tweets" de Jauffret, je pense à cette citation d'un philosophe : "Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre."

  • Virginie Neufville

    Membre officiel

    Je rejoins Thierry à propos des tweets de Jauffret....Je crois qu'il s'est enfermé dans un rôle qu'il se donne et se complaît à être détesté..Tant mieux pour lui, mais depuis "sévère" j'ai laissé tomber cet auteur (avec Djian et d'autres....)

  • THIERRY COUSTEIX

    Membre officiel

    Salut Dominique ! Bonne réponse de ta part ! Balzac, Stendhal. Mais as-tu lu sur le web les tweets de Jauffret ? C'est affligeant ! Regarde ici : http://www.liberation.fr/livres/01012390204-gazouillis-de-jauffret J'ai beaucoup aimé les "Microfictions" de cet auteur mais je ne supporte pas, je ne supporte plus les dévoiements de certains écrivains...Thierry, peut-être, sûrement un petit peu excessif...

  • (M.) Dominique Léger

    Membre officiel

    Ah Thierry, je vois que vous êtes encore plus radical que moi quant à l'aversion du "people", ce mot fétiche de l'inculture ambiante. Avant d'être ce repoussoir, "people" se traduit simplement par "les gens", notamment "les gens" impliqués dans un fait divers saisi par la littérature. Pour autant, elle n'en devient pas "people" au vulgaire sens contemporain. Le Rouge et le noir, Madame Bovary sont inspirés d'un fait divers... Et votre (notre) cher Balzac, sa Comédie humaine n'est-elle pas une chronique "des gens" du XIXe siècle bourgeois ? Vous êtes injuste avec Jauffret : il a fait preuve de sa puissance d'imagination, on peut comprendre qu'à un moment du développement de son œuvre, l'envie lui prenne de se confronter au réel. Au risque de paraître pédant, je retrouve ce que Roland Barthes dit du fait divers : "Il ne commencerait d’exister que là où le monde cesse d’être nommé”, ajoutant qu'il incombe aux écrivains de s'installer dans ce vertige. Claustria est une parfaite illustration de cette démarche, menée à bout avec talent.

  • THIERRY COUSTEIX

    Membre officiel

    Pourquoi je ne lirai plus Régis Jauffret ! Parce qu'il a arrêté d'écrire après son excellent "Microfictions" paru en 2008...un bail ! Maintenant il est devenu un écrivain-people comme les autres...comme tous les autres ? On le voit partout pérorer des inepties, sur la toile, à la télé. Arbre- fait divers qui cache la forêt d'un manque d'inspiration ? Bon prix des lecteurs de l'Express Dominique...quand même !

  • (M.) Dominique Léger

    Membre officiel

    Je comprends qu'un tel livre provoque des réactions. Pourquoi Régis Jauffret a entrepris de l'écrire ? Il faudrait lui demander. Pas pour faire du fric Virginie, sinon il signerait chez Harlequin ou XO. Je crois comprendre qu'il s'attache à explorer les tréfonds de l'âme humaine... noirceur du fond et brio de la forme, voilà le style Jauffret - il me semble. Ante-pénultième roman : "Sévère" inspiré de la crapoteuse affaire Stern ; avant-dernier : "Tibère et Marjorie" qui agite des personnages névrotiques sur un mode parodique. Pourquoi le lire : l'abjecte fait divers est sublimé en une œuvre littéraire portée par une écriture de haut vol... Mauriac et d'autres l'ont précédé !

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