Livre associé à la critique
Qui touche à mon corps je le tue Valentine GobyVous êtes sur le profil de Virginie Neufville
"La croissance intellectuelle et morale n’est pas moins indispensable que l’amélioration matérielle. Savoir est un viatique, penser est de première nécessité, la vérité est nourriture comme le froment. Une raison, à jeun de science et de sagesse, maigrit. Plaignons, à l’égal des estomacs, les esprits qui ne mangent pas. S’il y a quelque chose de plus poignant qu’un corps agonisant faute de pain, c’est une âme qui meurt de la faim de la lumière." Victor Hugo, *Les Misérables*, Partie VI, chapitre 7, 1862.
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CritiqueTrois personnages à fleur de peau, transportant depuis l'enfance le fardeau de la souffrance car leurs mères respectives n'ont pas su leur transmettre le goût de vivre. Trois personnages aux destins liés: Lucie L. qui attend au fond de son lit "l'évacuation" de son fœtus, Marie G. faiseuse d'ange condamnée à mort, et Henri D. bourreau, en attente de l'exécution. Ce dernier ne supporte plus les instantanés de souvenirs de guillotine. "Je hais qu'un homme vive au moment de mourir" se dit-il, mais avec l'expérience il se rend bien compte qu'il est de la "même espèce" que ceux à qui il tranche la tête. Lucie L. désire que sa "peau soit cousue de tessons, de barbelés". Elle fait de l'instinct de préservation de son corps l'acte ultime de vie, quitte à recourir en cette sombre année 1943 à la poire et au lavement pour "anéantir" la petite Else aux cheveux bruns qu'elle n'aura jamais. Enfin, Marie G, aux mains de blanchisseuse, comprend bien que son exécution va servir d'exemple. D'ailleurs Pétain n'a-t-il pas dit que les faiseuses d'anges empêchait la France d'avoir une armée nombreuse et forte? Or, elle considère cette mort annoncée comme une délivrance, le vrai moment de liberté longtemps attendu. De l'aube à l'aube, ces trois personnages recherchent la lumière pour "ne pas céder à la douleur qui les ronge". Des nuances de jaune, de bleu, de rouge (qui pour Lucie signifie la libération) caressent ces corps qui se sont oubliés, irrités par une robe de bure, une ancienne cicatrice ou un utérus en feu. La lumière est la vie, et même au crépuscule de la leur, elle reste le témoin imperturbable et éternel de leurs existences passées. Le sujet est difficile, la prose de Valentine Goby parfois déconcertante, sans doute quelques précisions par ci par là auraient été judicieuses pour une meilleure compréhension globale du récit. En tout cas, le titre, qui résonne comme une menace, sert de leitmotiv à l'évocation de ces trois destins étroitement liés.
- 2 commentaires
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Virginie NeufvilleMembre officiel
merci, car ce n'était pas facile d'écrire sur ce livre...
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Mireille BOUCHETMembre
un sujet très difficile avec une critique qui donne envie de croiser ces trois destins si différents et en même temps si liés















