Livre associé à la critique
L'énigme du retour Dany LaferrièreVous êtes sur le profil de Virginie Neufville
"La croissance intellectuelle et morale n’est pas moins indispensable que l’amélioration matérielle. Savoir est un viatique, penser est de première nécessité, la vérité est nourriture comme le froment. Une raison, à jeun de science et de sagesse, maigrit. Plaignons, à l’égal des estomacs, les esprits qui ne mangent pas. S’il y a quelque chose de plus poignant qu’un corps agonisant faute de pain, c’est une âme qui meurt de la faim de la lumière." Victor Hugo, *Les Misérables*, Partie VI, chapitre 7, 1862.
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CritiqueC'est un véritable concours de circonstances qui fait que je découvre cet auteur après le tremblement de terre d'Haïti. Son récit,déjà très fort, devient un témoignage troublant et poignant lorsqu'on le lit après le cataclysme.
Le narrateur a du, comme tant d'autres, et surtout comme son père avant lui, fuir son île natale dirigée par un dictateur fou et sanglant. Il y revient trente trois après pour ramener non pas la dépouille de son père, mais l'âme de ce dernier.
Dans un style merveilleusement écrit ou se côtoie le récit, la poésie en prose et les réflexions intimes, l'auteur nous raconte Haïti, où se confondent la beauté et la misère, la joie de vivre et la corruption, l'espoir et le renoncement.
On y retrouve ce doux bercement créole, cette mentalité propre aux Antilles, les sourires qui remplissent les visages malgré les vicissitudes de la vie. Car Haïti est loin d'être le paradis sur Terre. Victime de trente deux coups d'Etat, ses habitants survivent au jour le jour, s'entassent dans des bidonvilles infâmes et cherchent à survivre coûte que coûte.
Et pourtant, ce retour au pays natal (en référence à Aimé Césaire) montre à quel point cette île obsède toujours ses exilés. Le Canada, la neige et le froid n'ont pas gelé le cœur de l'auteur. Le retour à Port au Prince est une genèse où les souvenirs reviennent à flot...Et finalement, le constat est simple: nous, Haïtiens, nous avons la vie dure, mais quelle vie sur notre île superbe et désenchantée!
Dire que maintenant la nature a décidé de tout détruire, plongeant les habitants dans une détresse infernale ne fait que renforcer l'émotion et le sentiment que j'ai eu à la fin de ce livre: serait-ce un peuple destiné à souffrir "ad vitam eternam"? Aidons-les, ils le méritent tant!















