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Date de naissance : 06/10/1946

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Sa note:
Fini de rire 28/02/2011 par
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résumé du livreAlexandre Jardin révèle les tourments que lui inflige le souvenir de son grand-père Jean Jardin, éminence grise du régime de Vichy dont l’intelligence et l’entre-gent lui ont permis d’échapper à l’épuration après laquelle il a poursuivi en toute impunité (mais avec prudence) son activité de conseiller politique et de trésorier occulte de la IVe et de la Ve. D’éventuels regrets mais des remords, aucun !

Quelques mots sur l'auteurNé en 1965, petit-fils de Jean, fils de Pascal écrivain et scénariste, Sciences Po, 12 romans à l’eau tiède, quelques films, marié, des enfants, une association “Lire et faire lire”

CritiquePour qui, comme moi, se penche volontiers sur l'histoire moderne, le récit d'Alexandre Jardin est un très intéressant marqueur d'une double évolution. La première est individuelle et concerne le clan Jardin dont il est légitime que l'un de ses rejetons, écrivain de surcroit, élève une voix résonnante aux oreilles de familles encombrées par le souvenir d'un parent collaborateur de l'envahisseur nazi : c'est au cœur du pouvoir que se situait Jean Jardin dit "le Nain jaune", directeur de mai 42 à octobre 43 du cabinet Laval lors de sa seconde Présidence du conseil ouvertement fasciste. Que la famille Jardin ait ses propres codes dont on nous dit qu'ils sont fondés sur le déni généalogique du réel*, n'y change rien et la désigne même en champion du sinistre héritage. Le donataire y met ses tripes, la casserole déborde parfois mais sa sincérité est éclatante.
La seconde évolution qu'enregistre judicieusement le livre est collective. Elle concerne la Shoah dont la position ontologique au cœur du récit est illustrée par la rafle du Vél d'Hiv du 16 juillet 42 (voyez les dates). L'opinion publique française a passé en une soixantaine d'années après la Libération du non-dit voire de l'ignorance** favorisés par la stratégie républicaine de réconciliation nationale, à la révélation d'où ont surgi à la fin du siècle le devoir de mémoire et l'esprit de repentance. Greffés sur une après-guerre ainsi moins repentante que reconstituante, la censure d'images compromettantes de "Nuit et brouillard" en 56, le refus de la télévision d'état de diffuser "Le chagrin et la pitié" en 69 - il ne le sera que douze ans plus tard, la grâce pompidolienne de Touvier absorbée sereinement en 70 par le clapot de l'actualité, la diffusion (sélective) en 73 de la traduction du livre de l'historien américain Robert Paxton, la sortie (décisive) en 85 du film Shoah de Claude Lanzmann, les discours présidentiels au Vél d'Hiv, celui de Mitterrand l'ami de Bousquet, chahuté en 92, celui de Chirac (cette fois) inspiré en 95, l'engouement pour les romans dédiés à la fin des années 2000, jusqu'au succès d'estime et d'audience du feuilleton tv "Un village français" ces derniers mois, sont autant de bornes qui jalonnent le chemin de la conscience française.
L'autruche a levé le regard sur le fantôme de zèbres ensauvagés, Fanfan la tulipe a épinglé un bouquet de myosotis au revers fatigué de son habit d'arlequin névrosé. Alexandre Jardin a construit le plaidoyer d'une main experte, sa lucidité empreinte de courage mérite le respect. Il n'a pas hésité à fouiller le passé pour y retrouver "l'origine de sa violence", pour reprendre les mots de Fabrice Humbert dans l'un des romans évoqués.

* Preuve en sont, les romans d'Alexandre, les récits de Pascal son père : "La Guerre à neuf ans" (1971) et "Le Nain jaune" (1978), plus la biographie consacrée au même par Pierre Assouline sous le titre "Une Éminence grise" (1986). Je les ai tous lus dans le contexte des années 80, à relire dans un contexte évolutif !
** Je retrouve une déclaration de Raymond Aron dont la lecture m'a marqué en son temps : " Je l'ai su mais je ne l'ai pas cru ; parce que je ne l'ai pas cru, je ne l'ai pas su. " De cette phrase mise en exergue du film Shoah, je n'ai pas retrouvé l'original dans l'œuvre de son auteur.


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    Pierre Assouline

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