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Windows on the World Frédéric BeigbederVous êtes sur le profil de Djihane Cherif
« Sentir les beautés partout où elles se trouvent n’est pas une délicatesse de moins, mais une faculté de plus »
- 3 avis positifs
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CritiqueFrédéric Beigbeder est l'un des premiers romanciers à écrire sur le 11 septembre 2001, Windows on the world entre humour grinçant et tragédie, et dont l'écriture lui est apparue comme une évidence, est aussi une occasion, pour lui, de déclamer son admiration pour les USA, d'être le critique de son temps et d'analyser les impacts de ce fait sur sa génération. Il déclare à ce propos :
"Giuliani, le maire de New York, a dit au lendemain de l'attentat que c'était un peu notre Titanic à nous. Si on accepte le fait qu'on vit dans la civilisation de l'image, alors cette vision apocalyptique des deux tours détruites en cent deux minutes par des moyens de transport transformés en bombes, c'est quelque chose d'unique, qui a un aspect symbolique très fort et traumatisant (ou enthousiasmant pour d'autres personnes). C'est clairement l'image forte de ma génération, avec la chute du mur de Berlin."
Une image forte parce qu'elle marque la fin d'une utopie, l'utopie capitaliste. L'œuvre est même couronnée d'un prix littéraire : INTERALLIE.
Le roman Windows on the world est un texte atypique, déjà, le titre nous pousse vers l'interrogation, sa traduction : fenêtres sur le monde, nous offre une fenêtre ouverte vers cette littérature contemporaine en devenir, orientée vers l'horizon des possibles narratifs, discursifs, et scripturaux.
Composé de cent dix-neuf chapitres, chaque chapitre représente une minute (de 8h30 jusqu'à 10h29). Cette technique est fréquemment utilisée par Beigbeder, à titre d'exemple, dans Vacances dans le coma (1994), chaque chapitre représente une heure, l'histoire se déroule de 19h jusqu'à 7h00 du matin. Dans L'égoïste romantique (2005), les brefs chapitres de ce roman sont, non plus des heures ou des secondes, mais les jours de la semaine. L'une des particularités de l'écriture Beigbedienne est cette circularité qu'il semble vouloir effectuer dans chacun de ses romans.
Deux narrateurs/personnages différents prennent en charge le récit à tour de rôle, pouvant même se croiser à l'intérieur de cette œuvre, Frédéric Beigbeder et Carthew Yorston. D'autres personnages sont présents tel que le couple de traders : une blonde en Ralph Lauren et le brun en Kenneth Cole, qui offrent une vision stéréotypée du trader New Yorkais.
Pour la petite anecdote un petit changement orthographique attribue à Carthew Yoston le nom d'une grand-mère américaine de Frédéric Beigbeder (du coté paternel): Grace Carthew Yorstoun, transformé en : Carthew Yorston.
Windows on the world est un roman qui offre à son lecteur un voyage au cœur de l'écriture même du roman, en multipliant les jeux en son sein et où les coordonnées spatio-temporelles sont dispersées : faire se dérouler le roman de 8h30 jusqu'à 10h29 n'est qu'un leurre pour instaurer une fausse linéarité. Ce laps de temps embrasse deux univers spatio-temporels différents, celui de Frédéric Beigbeder à Paris (puis New York), entre 2002 et 2003. Aussi, celui de Carthew Yorston à New York, le 11 septembre 2001.
A noter aussi, un enchevêtrement des repères calendaires où l'on a plusieurs événements qui se produisent dans une seule seconde (chapitre est égal à une seconde). Mais aussi les blancs des passages occultés, événements, secondes observables sous forme d'ellipses. Tout au long du roman nous retrouvons des expressions telles que (page coupée), (paragraphe coupé). Le narrateur pousse même le jeu jusqu'à laisser des blancs, des espaces vides pour certaines secondes.
La richesse de ce roman ne s'arrête pas juste à cela, nous pouvons y trouver, aussi, trois photographies qui sont la pour signifier de la prise de conscience de la richesse du passé, à l'image de ce dernier les passages textuels qui les accompagnent nous renvoient à un corpus historique très riche, passant par les grands auteurs du XXe siècle vers le XIXe son histoire, en particulier Charles Baudelaire.
Une réflexion sur l'histoire est mise en place à travers Windows on the world, nous y retrouvons la seconde guerre mondiale, mais 1968, la chute du mur de Berlin, etc. un recourt à l'histoire comme outil pour essayer de comprendre une actualité celle du 11 septembre 2001.
Collecter des informations sur l'Histoire contemporaine c'est en user comme arguments pour tenter de trouver de possibles réponses à la problématique du devenir des sociétés occidentales. Le 11 septembre est au cœur de la réflexion sur le terrorisme mondial qui instaure de nouvelles inquiétudes se traduisant par une littérature qui met en scène une vision apocalyptique du monde.
Les témoignages qu'on trouve au sein de Windows on the world sont liés à la mémoire des camps, à cette littérature où toute une génération a pris la parole pour témoigner de la Shoah malgré le fait qu'elle ne l'ait pas directement vécue, ne serait-ce que pour souligner l'absence des proches. Parler du réel, même si, sous forme discontinue et dispersée sous forme de paroles, de voix, chacune d'elles dit sa vie à travers ses désirs, frustrations ou mésaventures.
Cette manière que Beigbeder a de dire le réel sur le ton de la dérision s'insère dans la mouvance de la littérature contemporaine qui veut se défaire de cette " idéologie du réel " prônée par les réalistes du XIXème siècle
Beigbeder nous offre à voir un espace inhabitable, un réel malade sous forme de visions kaléidoscopiques. Avec une attention particulière portée à l'espace urbain. Entre Paris et New York il mène son investigation, expose ses réflexions sur les maux des sociétés occidentales, sur sa génération et celles qui l'ont précédé, à titre d'exemple, la succession de sensations diverses, de montage de texte, de discours que l'on peut noter. Pour s'interroger sur le devenir culturel et collectif, ce qu'il adviendrait après cette césure symbolique à partir des années 1960.
Windows on the world relate le 11 septembre 2001 en proposant divers points de vue, soulignant le fait que ce réel ne se construit qu'à travers la perception de chacun. Ce qui est mis en relief n'est plus le " fait " en lui-même mais comment Fréderic Beigbeder, Carthew Yorston, les protagonistes du roman ainsi que tous les témoins cités sont affectés par celui-ci.
Windows on the world un roman éclectique, à lire ou à relire.
- 2 commentaires
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Djihane CherifMembre
Un merci
Merci beaucoup :) Je vais en rédiger d'autres, je ne me suis inscrite qu'hier.
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Christine DupontMembre
Avis sur la "Chronique sur Windows on the world"
J'aime beaucoup ta chronique :P Je t'encourage a en faire d'autre "hate de les lire" ^^















