"Les mots qu'on n'a pas dits sont les fleurs du silence."
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CritiqueC'est à Philadelphie, en 1944, qu'a été proclamée la première Déclaration Internationale des Droits à vocation universelle. Ce texte pionnier et ambitieux entendait faire de la justice sociale l'un des fondements de l'ordre juridique international. Mais on constate que tout, dans la dogmatique ultralibérale qui domine aujourd'hui dans le monde, est à l'exact opposé de l'esprit qui avait prévalu à Philadelphie... Le constat de la faillite de cette idéologie ultralibérale et du système qu'elle a engendré invite à envisager comme solution un retour aux principes essentiels de la Déclaration de Philadelphie. C'est ce que fait Alain Supiot. Dans un premier temps, il analyse ce grand retournement survenu à partir de 1980 qui a conduit à la disparition de l'esprit de Phildelphie et à l'avènement de la doctrine ultralibérale. L'objectif de justice sociale a cédé la place à la libre circulation des capitaux et des marchandises. La hiérarchie des moyens et des fins a été renversée mais apparaissent aujourd'hui de façon brutale et dramatique les limites de ce système, ses failles et les dégâts qu'il cause. C'est pour cela que la seconde partie de cet essai propose de renouer avec un véritable impératif de justice sociale, avec cet esprit de Philadelphie qui garde toute son actualité pour ceux qui n'ont pas renoncé à l'idéal d'un monde dans lequel "tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales." (D.Ph.art.II a). Il s'agit de remettre l'économie et la finance au service des principes de dignité humaine et de justice sociale, qu'elles redeviennent des moyens pour le bien des hommes et non des fins en soi qui déshumanisent le monde. "Être fidèle à l'esprit de Philadelphie signifie tracer des voies d'avenir à la mesure des temps présents. Ceci suppose de s'évader du monde plat et sans horizon de la dogmatique ultralibérale et de retrouver l'usage de cinq sens fortement émoussés par trente années de politique d'ajustement de l'homme aux besoins de la finance : le sens des limites, de la mesure, de l'action, de la responsabilité et de la solidarité." L'essai d'Alain Supiot est clair et précis, sans jamais être dogmatique ni hermétique, bien que son sujet soit pour le moins ardu et complexe. Son analyse est perspicace et pertinente, tout en étant très accessible et compréhensible. Et il faut bien avouer que son constat de l'échec de la doctrine ultralibérale et l'affirmation de la nécessité impérieuse et urgente de renouer avec un esprit de justice sociale paraissent profondément intelligents et totalement évidents... En même temps, cet idéal si sensé semble encore inaccessible et utopique tant il va à l'encontre des volontés politiques des puissants de ce monde et de leurs intérêts... On ne peut néanmoins qu'espérer que cet idéal, un jour, devienne une réalité universelle.
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