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Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même. [Daniel Pennac]
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Critique
L’amour. Ah, l’amour… Vaste sujet, que l’on pourrait découper en de multiples chapitres ; sentiments, séduction, sexe, traditions, … On l’aura compris, il n’y a pas l’amour, mais des amours, comme le suggère Jacques Attali dans son titre, amours. L’auteur lui, aura choisi de diviser l’amour en chapitres chronologiques, d’évoquer son évolution au fil des pays et des siècles, d’Adam et Eve à nos jours. Mais plus que de l’amour, c’est de relations qu’il parle, de pratiques (voilà pourquoi, peut-être, ses « amours » ne prennent pas de majuscule). Et elles sont nombreuses ces pratiques, très nombreuses, parfois incroyables, inimaginables, complexes. Plus qu’un catalogues d’us et coutumes, c’est bien à une analyse des mœurs et des sociétés que se livre l’auteur. Les illustrations, très nombreuses et parfois crues, expriment davantage cette multiplicité des pratiques « amoureuses ». Les vêtements, les postures, très différentes d’un continent à l’autre et d’une époque à l’autre, de la sobriété des aborigènes australiens du XXème siècle, aux saris colorés et agrémentés de nombreux bijoux des femmes indiennes avant le mariage, sont autant de preuve de cette variété.
L’hétérosexualité, l’homosexualité ou la bisexualité, la polygynie, la polyandrie ou la monogamie, sans oublier les questions religieuses ou traditionnelles, Jacques Attali fait le tour du sujet, sans tabou, et sans perdre de vue que le fin fond de l’histoire est bien la pérennité de l’espèce. Sans oublier non plus que chacun des usages amoureux ou sexuels d’une société est régi par des règles, implicites ou non, et souvent même par des lois officielles ; ce qui est proscrit dans un pays peut être librement pratiqué dans un autre, voire même aux yeux et à la vue de tous. Au Tibet, par exemple, la polyandrie est encore de mise ; dans d’autres sociétés, c’est même le mariage de groupe qui prédomine, avec parfois même le mariage d’un groupe de frères à un groupe de sœurs. On rencontre également, mais de moins en moins, des échanges d’enfants, comme chez les Inuits, ou de femmes ; parfois se sont au contraire les femmes qui échangent leurs frères entre elles afin de trouver un époux ! L’homosexualité, chez les Baruyas, est un rituel indispensable de passage à l’âge adulte, alors qu’elle est fortement interdite dans d’autres pays. D’autres peuples enfin, sont absolument horrifiés par le célibat dans lequel il ne vaut mieux pas tomber ! En Papouasie, il est d’usage, pour une femme, de porter les ossements de son maris, tels de simples bijoux, par souvenir ou pour acquérir le pouvoir spirituel du défunt. Excisions, dotes, fêtes de libération sexuelle où les tabous et interdits sont mis de côté le temps d’une soirée, sont autant de traditions qui se perpétuent, se perdent ou renaissent. Une seule « pratique » est universellement condamnée : la relation sexuelle entre une mère et son fils.
Toutes ces pratiques, et il en existe encore tellement, ne sont pas arrivées par hasard et traduisent la situation sociale, économique et politique du pays : la polygynie, par exemple, a été développée dans un contexte de guerre, lorsque les hommes partaient sur le champ de bataille, laissant seules leurs femmes. Les croyances ont bien sûr joué un rôle considérable dans l’élaboration des pratiques de chacun, dont la liste ici, est exhaustive. Et dont la liste, aussi, tend encore à s’agrandir ; lorsqu’on évoque Internet et les techniques de procréation médicalement assistées, on ne peut en effet s’empêcher de penser que les relations humaines en seront, si elles ne le sont pas déjà, chamboulées. Bref, l’ouvrage de Jacques Attali est une vraie source d’informations, poussant à réfléchir sur sa propre histoire et laissant le lecteur sur sa faim, chaque paragraphe pouvant être davantage approfondi, fouillant un peu plus dans les traditions et rituels des peuples de notre planète.
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