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La liseuse
Sa note:
730 grammes de littérature. 03/02/2012 par
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CritiqueRobert Dubois, dit Gaston, (clin d'oeil à Gaston Gallimard ?) est éditeur aux éditions "Robert Dubois" comme Robert Dubois. Il est de la vieille édition comme il dit. De la vieille école quoi. Le vendredi soir il trimballe tous ses manuscrits pour passer son week-end à la maison. Il en connaît un rayon (de bibliothèque) sur la littérature le vieux Dubois.
"Il y a au moins dix règles claires qui président au choix d'un texte : le sacro-saint cadre des collections (contre lequel on a inventé les titres hors collection), le moment stratégique (contre lequel on a multiplié les rentrées littéraires), le thème à la mode (contre lequel on a inventé l'effet de surprise), la stratégie des prix littéraires (contre laquelle on a inventé la stratégie de l'accaparement par quelques maisons), le manque d'argent (contre lequel on a inventé l'argent), le genre qui fait fureur (contre lequel on a inventé un nouveau genre plus furieux encore)..."
Et un beau jour, Valentine, stagiaire dans la maison, lui apporte, sur un plateau, une liseuse. Un lecteur de livre numérique, un ebook, un reader ou une tablette quoi. Dubois va le faire peser par son boucher du coin."730 grammes. Hugo + Voltaire + Proust + Céline + Roubaud. 730 grammes. Je vous rajoute Rabelais ?" Le vieux Dubois va apprivoiser tant bien que mal la bête froide. "En attendant, je publie de bons livres qui vivent quelques heures, dont quelques-uns s'endorment dans les grandes bibliothèques et dont la majorité retourne au papier. En attendant de retourner un jour aux pixels. A quoi ressemblera le pilon des liseuses ? J'ai toujours préféré les livres à l'argent, hélas."
Le vieux Dubois aime la littérature...pas sûr que les fabricants de ces machines à lire l'aime autant. Ils sont sûrement plus attachés à sortir une nouvelle liseuse par an...pour vendre, vendre, vendre du...Bon passons...
Le vieux Dubois n'est pas apeuré par les nouvelles technologies. Il va laisser et donner (financièrement) la chance à une équipe de jeunes hirsutes. "Grégor de Sciences-Po, Mom le normalien, Kevin le geek" et Valentine. Ils ont les dents longues et de l'imagination à revendre.
Ensemble ces garnements vont créer une maison d'édition électronique "Au coin du bois" (oui comme Dubois !).
Leur plan d'attaque : "On éclate l'écrivain et le texte. On lui rentre dedans. On le fait servir à autre chose. On le mélange. On fait le e-Goncourt..." Et ça va marcher ! D'autant plus que ces jeunes loups adorent les écrivains de l'Oulipo, des textes qui sont comme un poisson dans l'eau interactive.
Ce livre pose des questions. Ne donne pas de réponses. Ce n'est d'ailleurs pas le rôle de la litérature. C'est un livre "entre-deux". Entre le livre et l'électronique. Pas un livre nostalgique de l'ancien, de "c'était mieux avant". Pas un livre sur l'aveuglement du demain, de "ça sera super demain". Pour alimenter et mettre de l'huile sur le feu sur ce débat entre le livre-papier et le livre électronique, pour vous conforter dans vos positions préfabriquées, vous pouvez vous tourner vers "N'espérez pas vous débarasser des livres" de Umberto Eco et Jean-Claude Carrière, "Après le livre" de François Bon ou bien l'article incendiaire de l'écrivain Yann Moix intitulé "Apologie de l'e-todafé" sur son site Suivez-Moi, ici, http://laregledujeu.org/moix/2012/02/02/649/apologie-de-le-todafe/.
C'est un court roman d'amour sur les métiers du livre. Avec humour (parfois féroce), avec tendresse (parfois émouvante), Paul Fournel raconte les librairies, les représentants en livres, les éditeurs, les correcteurs, les auteurs.
Paul Fournel a été éditeur chez Hachette, à l'Encyclopædia Universalis, chez Honoré Champion, chez Ramsay, puis chez Seghers. Tiens, tiens.
Il est sociétaire du Collège de Pataphysique et président de l'Oulipo.
Tiens, tiens.
"Je suis un homme livre. Ma muraille me protège. Et je lis pour, lentement, posément, la détruire. Je prendrai les briques sans ordre ni préméditation, la lecture viendra selon son propre hasard et je sais que l'ordre sera le bon. Laissés en liberté les livres ne se trompent guère...Lorsque j'aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d'être lue."
Livre lu avec plaisir en version papier. L'occasion de lire ou relire "Les illusions perdues" de Balzac.
Ah, j'oubliais, une liseuse c'est aussi : un couvre-livre destiné à protéger le livre pendant le temps de la lecture, un châle que portent les femmes pour lire au lit, une lampe de lecture.

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