Vous avez dit Twittérature ?
01/12/2009
« La concision est sœur du talent » disait Tchekhov. Mais le grand écrivain russe aurait-il pu imaginer écrire un roman en 140 signes ? C’est peut-être ce que Twitter est en train de rendre possible, avec l’émergence d’un nouveau mouvement littéraire : la « twittérature ».
Le principe de Twitter est maintenant bien connu : écrire un message (ou tweet) en 140 caractères. D’abord conçu comme un outil de « micro-blogging », ses usages se sont complètement diversifiés. Il est notamment devenu un outil politique majeur lors de la crise iranienne de juin dernier. Aujourd’hui, il se fait espace innovant d’écriture.
En 2008 déjà, Matt Ritchel, blogueur et journaliste au New York Times, avait expérimenté l’écriture d’un « real-time thriller », le twiller, en diffusant en direct sur Twitter les avancées de son récit. Une idée reprise en France par Thierry Crouzet. Mais la twittérature, pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Alexander Aciman et Emmett Rencin paru chez Penguin, se décline déjà de mille façons. Les auteurs de la page Twitter AcimanandRencin l’explorent ainsi en pastichant romans classiques et contemporains. Ou comment raconter les œuvres de Dante, Shakespeare, Stendhal, Joyce ou J.K. Rowling en moins de 20 tweets ! Pour de la twitterature originale, le choix est ouvert entre « romans-tweet » (des romans-feuilletons modernes) et « tweet-romans » (raconter une histoire en un tweet, pas plus, comme le fait le soi-disant Félix Fénéon). Se développe également l’écriture collective, que Twitter remet au goût du jour avec les « collaborative story seeds » (littéralement « graines d’histoire participative »), où différents contributeurs poursuivent une histoire lancée par un simple tweet.
Phénomène de mode passager ou révolution de notre manière d’écrire et de raconter une histoire ? Des haïkus japonais aux romans-feuilletons du 19e siècle, des cadavres exquis des surréalistes aux expériences littéraires de l’OuLiPo, les écrivains se sont toujours montrés très créatifs face à l’écriture sous contraintes. Les « Twitterateurs » reprennent aujourd’hui le flambeau. Certains écrivains confirmés commencent d’ailleurs à s’intéresser au phénomène. Récemment, avant de publier sur papier son Thomas Drimm (Albin Michel), paru début novembre, Didier Van Cauwelart a redécoupé son roman sous forme d’épisodes de 8 000 à 15 000 signes, diffusés par SmartNovel sur téléphones portables. Et une nouvelle génération d’auteurs pourrait bien émerger, grâce à la société TweetBookz qui propose de transformer les tweets en livres imprimés !
















