Vaclav Havel, "premier président surréaliste du monde" selon Arthur Miller, est mort
19/12/2011
"Le rideau est tombé". La métaphore théâtrale est reprise en cœur par la presse internationale pour annoncer avec émotion la mort de Vaclav Havel, écrivain, dramaturge dissident et ancien président de la République tchèque, décédé dimanche 18 décembre à 75 ans, des suites d'une longue maladie.
Un homme de théâtre inspiré par Kafka
Né en 1936 à Prague dans une famille bourgeoise, privé d’études par le régime communiste, Vaclav Havel s’est lancé, très jeune, dans le théâtre comme machiniste puis comme auteur. Sa première grande pièce, La Fête en plein air (1964), dans laquelle on retrouve les thèmes du pouvoir, de la bureaucratie et le ton absurde qui lui resteront chers remporte un succès immédiat.
Pour Jana Soprova, spécialiste du théâtre tchèque interrogée par l’AfP, "Havel a tiré beaucoup d'inspiration de Jarry et de Kafka. Souvenons-nous comment ce dernier parlait des labyrinthes bureaucratiques". Interdit de représentation dès la fin des années 60 par les troupes soviétiques, Vaclav Havel continue de présenter des pièces en un actes comme Vernissage et Audience à l’étranger, dévoilant ainsi le personnage phare de son œuvre, son alter ego Ferdinand Vanek, systématiquement pourchassé et emprisonné par la police soviétique.
Un défenseur des droits de l'homme
Fervent défenseur des droits de l’homme à Cuba, en Biélorussie et en Russie, il devient en 1999 le "premier président surréaliste du monde", selon Arthur Miller et mène de front la lutte politique pour la démocratisation de son pays.
Ce n’est qu’à la fin de son mandat présidentiel, en 2003, malgré sa santé fragile, qu’il reprend la plume pour achever sa dernière pièce Sur le Départ, librement inspirée du Roi Lear de Shakespeare et de la Cerisaie de Tchekhov.
Penseur politique
Auteur d’une quinzaine de pièces, Vaclav Havel acquiert aussi sa reconnaissance littéraire mondiale par ses six essais : Lettres à Olga, écrites pendant ses quatre années de prison (1979-83) et adressées à sa première femme, décédée en 1996; Lettre ouverte à Gustav Husak (1975), adressée au président de la République tchécoslovaque; Le pouvoir des sans-pouvoir (1978), La politique et la conscience (1984), L'anatomie d'une réticence (1986) et un livre d'entretiens avec Karel Hvízdála Interrogatoire à distance (1987). L'un de ses derniers essais, publié en 2006 À vrai dire (2006) était inspiré de ses treize années au pouvoir.
"Je pense à la mort"
En février dernier, il avait déclaré sentir l'imminence de sa mort : "Je réfléchis de plus en plus souvent à la mort. J’ai l’impression de me trouver dans une forêt où l’on abat les arbres l’un après l’autre et qui devient petit à petit une clairière. J’y pense souvent et je vais probablement encore écrire quelque chose sur ce sujet".
L.M.
















