Un smoking à la mer : croisière nostalgique dans les Bahamas

Un smoking à la mer : croisière nostalgique dans les Bahamas

31/03/2011

Un an après Les vies Lewis, le (très) jeune Louis-Henri de La Rochefoucauld – vingt-cinq ans tout juste – revient en librairies avec Un smoking à la mer. Drôle d’ovni dans le paysage littéraire actuel.

 

« La vie est une invention pas tout à fait au point ». Une invention pas tout à fait au point qui fait se rencontrer les êtres les plus dissonants : une ancienne cantatrice sexagénaire sanglée dans son éternel costume trois-pièces et coiffée d’une improbable banane blanche, Emily, et un jeune pianiste italien à l’avenir aussi brumeux que son passé, Vittorio. Deux enfants, paumés au beau milieu des Bahamas et pris au piège à bord d’un paquebot-maison de retraite, qui se racontent leurs vies à grands coups de cognac, comme pour mieux faire passer une pilule trop dure à avaler, celle du temps qui s’en va et ne revient jamais.

 

Car c’est bel et bien la nostalgie qui domine ces quelques deux cents pages. Nostalgie des nuits d’enfance passées à jouer au voleur et au shérif, des farces collégiennes, des premières amours, des soirées alcoolisées, mais surtout nostalgie d’une époque – peut-être imaginaire – où l’on prenait encore le temps. Le temps de vivre, de rire, de voyager et d’avoir la tête dans les nuages.

 

Un bateau. Son décor, La Rochefoucauld ne l’a pas choisi au hasard : il sait que l’océan est la pire des prisons. Dans ce huis-clos forcé avec leurs souvenirs, Emily et Vittorio n’ont plus le choix : adieu nostalgie, il faut enterrer le passé, se tourner vers l’avenir ou mourir. Mais le bateau c’est aussi cet espace de tous les possibles, hors du temps, rêvé et rêveur. Un frère victime d’un marron meurtrier, un utopique en toge romaine, un amoureux au teint lunaire, un chauffeur de taxi psychanalyste : le casting, digne de Tim Burton, pose le décor, irréel et féerique.

 

Dans sa croisière, ode nostalgique en eaux tropicales, Louis-Henri de La Rochefoucauld a laissé sur la rive l’autofiction à la Christine Angot et le ton polémique à la BHL. Lui, ce qu’il préfère, c’est rêver.
 

 

Emma Aurange

 

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