"Tintin au Congo" est-il raciste ?
12/02/2012
La décision prise hier par la justice belge de ne pas interdire la commercialisation de Tintin au Congo, a été accueillie de manière contrastée. Qualifiant de non-fondée la plainte du ressortissant congolais qui jugeait l’album raciste, l'affaire judiciaire ouvre néanmoins le débat : le racisme ordinaire d’une époque coloniale révolue est-il à posteriori condamnable ?
"Une apologie de la colonisation"
Tintin au Congo continuera donc de figurer dans les rayonnages des librairies. Telle a été la décision de justice rendue hier par le tribunal de première instance de Bruxelles, refusant de qualifier de raciste le second album de la série imaginée par Hergé.
Soutenu par le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France), Bienvenu Mbutu Mondondo, le ressortissant congolais qui avait pris la décision d’attaquer en justice les éditions Casterman et de la SA Moulinsart, qui gère les droits de la bande-dessinée, n’a pas caché sa déception à la sortie du tribunal. Au micro de la radio RFI, il a argumenté : "La Cour européenne avait dit autre chose : ce n’est pas l’intention qui compte, ce sont les conséquences, les faits. Sinon, on se permettrait aussi de caricaturer ce qui s’est passé pendant l’Holocauste".
Réclamant l’interdiction à la vente de l’album, ou du moins l’ajout par la maison d’édition d’une préface d’avertissement, M. Mbutu Mondondo a vu sa plainte déboutée sur le motif que "la loi belge contre le racisme ne peut s'appliquer que s'il y a une intention discriminatoire".
"Je trouve qu’il y a toujours cette continuité de racisme, subtile, vis-à-vis d’un individu de race différente" a commenté le plaignant.
Le "paternalisme gentil" d’Hergé
Pour les avocats de Casterman et Moulinsart, en revanche, la décision de justice a été accueillie avec soulagement. "C'est une décision saine et pleine de bon sens, selon laquelle il faut prendre une œuvre dans son contexte et la comparer avec les informations et les clichés de son époque", a déclaré Maître Barenboom.
Parues en 1931 dans le journal belge Le petit vingtième, les aventures de Tintin au Congo restent, pour les avocats de la défense, contextuelles d’une époque où l’esprit colonial n’avait rien de choquant. "C'est l'époque de la Revue nègre de Joséphine Baker, de l'exposition coloniale de Paris. Hergé est dans l'air du temps, ce n'est pas du racisme mais du paternalisme gentil", avait déclaré Maître Barenboom en octobre dernier.
Pourtant, Hergé, 23 ans à l’époque de la première publication, avait lui-même expliqué les errances de ce "péché de jeunesse" : "J'étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais. C'était en 1930, je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l'époque (...). Je les ai dessinés, ces Africains, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l'époque en Belgique. Si j'avais à le refaire, je le referais tout autrement, c'est sûr."
Aujourd’hui encore, Tintin au Congo reste l’un des albums les plus vendus du célèbre petit reporter.
C.A.
















