Thierry Beinstingel explore la souffrance au travail
27/10/2010
Cadre dans les télécommunications, Thierry Beinstingel explore, de roman en roman, le monde du travail. A l’occasion de la rentrée, Il publie Retour aux mots sauvages, qui concourt pour le Goncourt.
Après Central, Composants et CV roman, Thierry Beinstingel, nous emmène sur la plateforme d’une hotline. Le travail y est ingrat, aliénant. Les téléopérateurs doivent apprendre à vendre à la chaîne des forfaits «Optimum plus» et répéter sans cesse les mêmes mots standardisés : «Vous êtes bien monsieur/madame/mademoiselle X ?» Apprendre à oublier leur langue maternelle, pour mieux se fondre dans la novlangue de l’entreprise.
Dans le centre d’appel, il y a un nouveau. Il s’est choisi Eric comme pseudo de téléopérateur – on ne répond pas au téléphone sous sa vraie identité, c’est la règle. Avant, il était électricien, il avait des mains abîmées, gonflées, des ongles sales. Aujourd’hui, son outil de travail, c’est sa voix et sa langue qu’il doit formater pour être performant en ligne. Un de ses collègues lui conseille de manger des pommes, car la mastication muscle les mâchoires.
Dans ce monde froid, dépersonnalisant, pointe un jour un mot sauvage, tabou : suicide. Ces deux syllabes cristallisent les maux du travail, l’incapacité à parler de ses problèmes ou à être soi, tout simplement. Avec ce mot, on s’aperçoit soudain que la mort, silencieuse et anonyme, frappe les centres d’appels.
Le roman de Thierry Beinstingel donne un écho percutant mais dépassionné à une maladie de notre époque : le suicide au travail.
















