Tennessee Williams : la fièvre dans le sang
07/12/2011
Cent ans après la naissance de Tennessee Williams, et quelques mois après avoir réuni ses oeuvres dans Théâtre, roman, mémoires chez Robert Laffont, Catherine Fruchon-Toussaint signe Tennessee Williams, une vie aux éditions Baker Street. La biographie du plus grand dramaturge américain du XXème siècle par une femme amoureuse.
L’auteur en un clin d’œil : Auteur et journaliste littéraire, Catherine Fruchon-Toussaint co-anime notamment l’émission "Littérature sans frontière", sur RFI. En savoir plus sur Catherine Fruchon-Toussaint
Interview : 4 questions à Catherine Fruchon-Toussaint
MyBOOX : Comment est née votre passion pour Tennessee Williams ? Quelle est votre pièce fétiche ?
Catherine Fruchon-Toussaint : Ma première rencontre avec Tennessee Williams date de mon adolescence, à l’époque où je prenais des cours de théâtre. Tout de suite, ça a été un coup de foudre parce que, pour la première fois, je découvrais un univers à la fois provocant et poétique.
Une de mes pièces préférées est sans doute La Ménagerie de verre en raison de la dimension biographique du texte : un garçon apprenti écrivain, écrasé par une mère étouffante et qui pour s’accomplir doit abandonner sa sœur "handicapée". Mais tout est passionnant !
Quels sont les thèmes majeurs de son œuvre, et à travers quels textes s’expriment-ils le mieux ?
Le véritable thème central de son œuvre est la peur de la solitude qui s’exprime dans la plupart de ses pièces, par exemple dans La Chatte sur un toit brûlant mais aussi dans les romans et nouvelles. L’autre grande question est celle de "Dieu" au cœur de La Nuit de l’iguane.
Les liens qui unissent Tennessee Williams à sa famille sont fondamentaux, vous y consacrez d’ailleurs plusieurs chapitres. Comment l’ont-ils influencé ?
Que ce soient sa sœur, sa mère, son père ou son grand-père, ses proches apparaissent tous en creux dans ses textes. Sa sœur, parce qu’elle était schizophrène et qu’elle a été lobotomisée comme c’est évoqué dans La ménagerie de verre et Soudain l’été dernier.
Dans ces deux pièces, il fait aussi le portrait de sa mère Edwina qui a "ordonné" cette opération cruelle. Quant à son père alcoolique, il a inspiré le personnage de Big Daddy dans La Chatte sur un toit brûlant. Son grand-père, enfin, qui était révérend, a servi de modèle au prêtre dans La Nuit de l’iguane. En bref, Tennessee Williams a transcendé les travers de sa famille et les siens dans son œuvre.
Comment ses pièces provoquantes sont-elles reçues de son vivant et en quoi sont-elles toujours d’actualité ?
Contre toute attente, de son vivant, du moins jusque dans les années 1960, Tennessee Williams a eu énormément de succès. Il a reçu deux prix Pulitzer et des centaines d’autres récompenses. Pourtant ses pièces étaient en effet provocantes puisqu’il abordait des questions de société assez dérangeantes : le viol, la nymphomanie, la mythomanie, l’alcoolisme, l’homosexualité, la dépravation…
Après une longue période d’oubli, Tennessee Williams est à nouveau beaucoup joué en France - dix spectacles en trois ans - parce que les metteurs en scène redécouvrent la dimension poétique des textes et l’universalité des thèmes : le besoin d’être aimé, la peur de finir seul, la condition humaine dans une société répressive et castratrice. Son œuvre nous touche car elle nous transmet la force de survivre.
La page à corner : Victime de nombreuses maladies au cours de sa vie, Tennessee Williams collectionne aussi les addictions. A l’alcool, d’abord, mais aussi aux opiacés, fournis généreusement par son thérapeute : "Il devient une pharmacie ambulante, entre les mains d’un "dealer". Dès lors, tout va de travers : il tombe régulièrement dans la rue, il s’ébouillante avec une cafetière chez lui, il ne contrôle plus les gens de passage chez lui, qui à l’occasion se battent… il est perpétuellement dans les vapes." (p.249)
Thomas Flamerion
















