Ryszard Kapuściński, romancier malgré lui
02/03/2010
Ryszard Kapuściński, saint patron des grands reporters et du journalisme majuscule aurait succombé à la fiction. C’est la thèse qu’avance l’auteur Artur Domoslawski dans une biographie, Non Fiction, parue hier en Pologne, et qui suscite déjà la polémique.
Ryszard Kapuściński, décédé en 2003, a roulé sa bosse et sa plume en Afrique, en Amérique latine, dans l’Iran du Shah et dans l’Europe du rideau de fer. Mentor et modèle de nombreux romanciers et journalistes actuels, il aurait pu avoir le prix Nobel pour lequel il fut cité. Kapuściński était un grand écrivain. Trop grand peut-être. Car aujourd’hui il apparaît que ses reportages aient été légèrement truqués, déformés, pour atteindre une vérité : celle de la beauté littéraire, plutôt que celle du reportage.
Quelques années après sa mort, Artur Domoslawski, publie une biographie de six-cents pages, où il se penche sur le genre flou, entre réalité et fiction, du journalisme à la Kapuściński. Le livre n’a rien d’un réquisitoire, et l’auteur s’en défend dans une interview parue dans le Guardian : « Il n’était pas conscient qu’il avait franchi la frontière entre journalisme et littérature. Je continue de penser que ses livres sont magnifiques et précieux. Mais en fin de compte, ce sont des romans. » La preuve ? Kapuściński a souvent affirmé avoir été témoin d’événements qu’il n’avait pourtant jamais vécus.
La veuve Kapuściński n’a pas goûté les assertions du biographe. Prétendant qu’il salissait la mémoire du défunt, elle a même porté plainte contre lui. En vain. Domoslawski a eu gain de cause.
















