Rentrée littéraire janvier 2012 : les incontournables
04/01/2012
Autour du jour de l’an, au lieu de réveillonner, de manger et de trinquer comme tout le monde, les journalistes ne peuvent s’empêcher de se prêter au jeu des bilans et des prédictions. La règle du jeu ? Dresser des rétrospectives à tout va et imiter Madame Soleil en comptant et en qualifiant - voire parfois en disqualifiant à l'avance - les sorties de l’année à venir.
Entre janvier et début février 2012, par exemple, la boule de cristal littéraire annonce 480 livres, dont 320 romans français, 169 romans étrangers, 166 livres politiques et 55 premiers romans. Des chiffres plutôt frileux pour des éditeurs inquiets dont les choix d’auteurs se révèlent tout de même très prometteurs.
Des confessions d'écrivains médiatiques
A commencer par les livres personnels d’écrivains médiatiques comme celui de Franz-Olivier Giesbert, patron du Point, essayiste et romancier qui racontera son rapport à la religion catholique dans Dieu, ma mère et moi. Un récit de ses expériences, rencontres, voyages, lectures et figures théologiques qui ont marqué son existence et sa foi. "Je n’ai jamais eu à chercher Dieu, explique-t-il. Je vis avec lui. (...) C’est ma mère qui m’a inoculé Dieu. Une caricature de sainte mystique qu’un rien exaltait, des pivoines en fleur aussi bien qu’une crotte de son dernier-né, au fond du pot. Je suis sûr qu’elle avait de l’eau bénite dans le plasma en guise de liquide amniotique. Elle exsudait la foi".
L’écrivain français Gilles Leroy, qui a reçu le Prix Goncourt en 2007 avec son roman Alabama Song signe son retour, à travers une fiction intitulée Dormir avec ceux que l’on aime (Ed. Mercure de France), "à sa veine intimiste et autobiographique" selon ses propres confidences. "Ca faisait 18 ans que je n’étais pas tombé amoureux. Lorsque ça vous arrive, ça vous réveille (…) je me suis dit qu’il fallait que j’écrive ça. Ce roman du tomber amoureux".
Et parmi les romans très attendus par la critique, toujours sous forme de confidences, notons celui d’Anne Wiazemsky, Une année studieuse (Gallimard), qui raconte la rencontre de l'ancienne actrice devenue écrivain reconnue, avec Jean-Luc Godard et Daniel Cohn Bendit.
Des romans du "mentir-vrai"

Un autre genre littéraire se distingue dans cette rentrée littéraire de janvier 2012 : le roman vrai, inspiré de faits divers ou de personnages historiques. Le prochain livre de Régis Jauffret, par exemple, Claustria (Seuil), dont l’auteur avait savamment entretenu l’attente en annonçant le sujet principal plus de six mois avant parution : celui de l’insoutenable affaire Josef Fritzl, Autrichien qui avait enfermé et violé sa fille pendant les 24 premières années de sa vie.
Un roman tiré d’une enquête minutieuse de l’écrivain (entretiens avec les policiers et les experts-psychiatres et techniques), proche de la démarche de Truman Capote dans De Sang froid (Gallimard).
L’écrivain à succès Philippe Besson, aussi critique littéraire et animateur de télévision, signera de son côté un roman inspiré d'une part de l’élection présidentielle de Barack Obama en 2008 et d’un film du réalisateur italien Ettore Scola, "Une journée particulière" dans lequel un couple se tient à l’écart de l’actualité. Le titre du roman, Une bonne raison de se tuer (Julliard), est tiré d’une phrase de l’écrivain Cesare Pavese écrite dans son journal intime, 12 ans avant de se suicider : "Une bonne raison de se tuer ne manque jamais à personne".
Avec cette histoire de couple hanté par les suicides et devenu insensible à l’actualité américaine qui préoccupe pourtant le monde entier, Philippe Besson espère, tel qu’il le déclare lui même avoir été "fidèle à la phrase de Pavese et surtout fidèle à la résignation" de cet écrivain italien le jour de son suicide.
Philippe Sollers enfin, dont l’annonce du prochain roman "rayonne" également dans de nombreux titres de presse culturelle plusieurs semaines avant la sortie, publiera L’Eclaircie, dans lequel il convoque de nombreuses figures de l’histoire de l’art et de la musique qui ont inspiré sa carrière d’écrivain : Manet, Picasso, Haydn et Casanova.
Succès annoncés
Les rentrées littéraires de septembre et de janvier sont bien souvent parsemées de quelques "coups" économiquement plus rassurants que les autres. Ce qui ne désavoue en rien leur valeur littéraire. C’est le cas du prochain livre de Daniel Pennac,Journal d’un corps, dont "on ne sait pas grand chose", affirme le Figaro, si ce n’est qu’il décrit les évolutions organiques de son héros, depuis ses 12 ans jusqu’à sa mort et qu’il fera l’objet de l’un des plus gros tirages de la rentrée avec 120 000 exemplaires prévus.
Côté étranger, les éditeurs ont misé sur de gros calibres comme David Lodge et Michael Cunningham, qui signent respectivementUn Homme de tempérament (Rivages) et Crépuscule (Belfond), deux romans flirtant, chacun à leur façon, avec les limites du désirs et de la mort.
Enfin, autre valeur sûre – d’un point de vue littéraire et commercial – Carlos Ruiz Zafon, considéré comme le maître des romans gothiques espagnols, annonce à la rentrée la pierre annuelle ajoutée à l’édifice déjà monumental de son œuvre : Le Palais de Minuit tome 2 (Robert Laffont), dont le premier volet avait connu un grand succès en 1994.
Les parutions à guetter de près
Quelques livres de cette rentrée, enfin, attisent une curiosité et une impatience particulières des journalistes. C’est le cas du récit de Dominique Fernandez, illustré de photographies retraçant les trois semaines qu’il a passées à bord du Transsibérien (Grasset), de Moscou à Vladivostok : "C’est un voyage passionnant, a-t-il confié. (…) Une découverte de la nature et de la culture sibériennes. J’étais parti sans l’idée de faire un livre, mais j’ai pris beaucoup de notes et j’avais tellement de choses à raconter du point de vue littéraire, artistique, musical qu’en rentrant je me suis mis à écrire sous le coup de l’émotion (…). C’est un récit de voyage. Un mélange d’observation de digression, de réflexion, tout ce qu’on peut savoir sur cette terre autour de la Sibérie qui représente le quart du globe et que l’on ignore profondément".
Un thème qui s’est révélé tout aussi inspirant pour une autre romancière dont la presse attendait le prochain livre avec bienveillance. Il s’agit de Maylis de Kerangal lauréate du prix Médicis, saluée par le public et la critique pour Naissance d’un pont et qui, dans Tangente vers l’est (Ed. Verticales), nous fait prendre le Transsibérien en marche en compagnie d’Aliocha, jeune appelé qui déserte la guerre.
Dans la catégorie des grands auteurs aux parutions rares et très attendues par la critique, figurent enfin l’écrivain espagnol Juan Marsé, lauréat du prix Cervantes en 2008 et l’écrivain franco-belge François Weyergans, couronné du prix Goncourt en 2004 pour son livre Trois jours chez ma mère. Dans son nouveau livre, intitulé La Calligraphie des rêves (Ed. Christian Bourgois), Juan Marsé reconstitue l’Espagne franquiste vue et rêvée par un jeune garçon de 14 ans.
François Weyergans, lui, après 7 ans d’absence, signe une histoire d’amour entre un écrivain de cinquante ans et une jeune comédienne. "Leur liaison est sporadique, a-t-il expliqué à l’AFP, chacun conserve sa propre vie. Les deux amants s’envoient des messages à tout bout de champ. Des textos d’amour, on a envie de les garder, on les recopie parfois dans un carnet, mais la mémoire du téléphone est vite pleine, d’où le clin d’oeil du titre".
Une mémoire pleine, c'est le syndrôme que traversera à coup sûr l'amoureux des livres s'il se risque à dévorer en entier une telle rentrée littéraire - que l'on qualifie pourtant de "réduite comme une peau de chagrin". Preuve que le livre n'est pas mort et que, même après avoir saturé leur mémoire et leur bibliothèque - et non leur tablette numérique - de milliers de nouveautés, les lecteurs en redemandent.
Lauren Malka


















