Prix Renaudot 2010 : "Apocalypse Bébé" de Virginie Despentes
08/11/2010
Le prix Renaudot a été décerné à Virginie Despentes pour Apocalypse Bébé. Nerveux, vif, trash, pulsé, ce «road-book» énergique, prend sa source à Paris pour échouer à Barcelone.
Lucie est une «gourde mal payée», une «looseuse de la féminité» employée dans une société spécialisée dans la surveillance des adolescents. Elle est chargée de garder un œil sur Valentine Galtan, une «adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active». Ses parents paient Lucie pour qu’elle la suive à la trace, la mitraille avec son objectif et rapporte des clichés particulièrement suggestifs: «Valentine se fait une ligne sur son cahier de texte», «Valentine suce un garçon», Valentine fait le mur…
Lorsque Valentine fugue, sa famille charge Lucie de la retrouver au plus vite. Elle s’associe alors à une détective privée free lance qui se fait appeler la «Hyène». Lesbienne, manipulatrice et violente, lorsqu’elle a besoin d’informations, la Hyène n’y va pas avec le dos de la cuillère. «Les joues creusées, Ray-Ban fumées de mec, blouson étriqué, en cuir blanc», elle siffle les filles dans la rue, fume des joints, terrorise ou charme selon ses besoins.
Virginie Despentes donne alternativement la parole à Lucie et aux personnages de son enquête: François Galtan, l’écrivain désabusé dont «les drames bourgeois tendance droite chrétienne à l'ancienne» indiffèrent les médias ; Claire Galtan, quittée par son premier mari, trompée par le second ; Yacine, la petite frappe de banlieue qui prend les femmes pour des «salopes» ou des «feignasses»… Tout le monde en prend pour son grade, beurs, bourgeois, machos, ados, cathos…
Enfin, un «Despentes» n’en serait pas un si les femmes n’y occupaient pas une place de choix. La gente féminine est détaillée sous toutes ses coutures. Le choix des deux héroïnes est lourd de sens: Lucie, l’hétéro un peu paumée et empotée, versus La Hyène, l’homo bien dans sa peau, rusée et fascinante. Autour d’elles, une galerie de femmes victimes des hommes: les femmes soumises et masochistes, les mères («Les femmes qui ont besoin d’un enfant sont celles qui n’ont pas ce qu’elles veulent avec les hommes»), les boudins, («Les femmes laides qui n’essayent pas de donner le change sont moins pathétiques que les moches qui se maquillent et s’habillent comme si elles étaient belles»), celles qui couchent facilement… Apocalypse Bébé est un parcours chaotique au cœur de l’univers féminin, dans lequel Despentes laisse filtrer le message que l’homosexualité guérit bien des maux.
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