Prix Médicis : Maylis de Kerangal en plein chantier
03/11/2010
Avec Naissance d’un pont, histoire de la construction d’un ouvrage monumental dans une Californie imaginaire, Maylis de Kerangal fait entendre sa voix singulière dans la littérature française. Un roman couronné par le prix Médicis 2010.
Maylis de Kerangal avait déjà reçu les faveurs de la critique avec son roman Corniche Kennedy, qui racontait les défis d’adolescents qui s’amusaient à plonger dans la Méditerranée depuis les calanques de Marseille. Cette année, avec Naissance d’un pont, cette jeune et enjouée quadra est en lice pour plusieurs prix prestigieux: le Grand Prix du roman de l’Académie française et le Goncourt.
Maylis de Kerangal est fascinée par l’Amérique. Et il faut bien dire que son nouveau livre a un goût yankee. La romancière a inscrit son récit dans les grands espaces américains, le melting-pot et la fureur de la consommation. L’histoire se déroule à Coca. Une ville marginale, provinciale, à laquelle il ne manque qu’un pont, pour devenir un pôle économique de grande ampleur. A la suite d’un entrefilet dans les pages Business du New York Times, annonçant le projet, tout un petit monde se met en branle. Maylis de Kerangal décrit la ruée du chef de chantier, des ingénieurs, des ouvriers, maçons, ferrailleurs, aspirés par le chantier. Ils viennent du monde entier, de Russie, de Chine ou de France, pour participer à cette aventure collective. Et quelle aventure ! La romancière nous plonge dans un chantier dont elle décrit avec objectivité les tenants et aboutissants techniques. A se demander si elle n’a pas fait les ponts et chaussées…
Derrière les défis techniques, le coulage du béton, la construction du tablier, le câblage du pont, grouille toute une population multiethnique qui vit, rêve, souffre: des Français, comme Summer Diamantis, des Chinois, comme Mo Yun. Ils sont dirigés par Georges Diderot, dont Maylis de Kerangal nous explique le rôle au début du livre: «Il s’arroge des zones, fouille des champs, occupe des sols, élève des édifices». Il a le pouvoir de faire «s’emboîter les espaces» et de contraindre la nature sauvage à sa volonté.
















