Peut-on parler de génocide arménien ? Retour sur les travaux d'Yves Ternon
27/12/2011
Peut-on parler de génocide contre les Arméniens ? C'est l'enjeu de la polémique franco-turque suite au vote, à l’Assemblée nationale, vendredi 23 décembre, d’un texte de loi sanctionnant, sur le territoire national, toute personne coupable de "l’apologie, la négation ou de banalisation grossière publique des crimes de génocide, crime contre l’humanité et de crime de guerre". Pour éclairer les questions soulevées par cette actualité, retour sur les travaux d'Yves Ternon, historien devenu le plus important spécialiste français du génocide arménien.
L'un des premiers à prononcer le mot "génocide"
Dès le milieu des années 70, il a fait partie des rares historiens, avec Jean-Marie Carzou, qui a défini les massacres perpetrés dans l’Empire ottoman à partir de 1915 comme un génocide, notamment à travers La Cause arménienne, publié en 1983 au Seuil.
Qu'est-ce qu'un génocide ?
A partir de 1995, il a axé ses recherches, d’une façon plus générale, sur la définition du génocide et de l’Etat criminel, notamment à travers deux livres intitulés L’Etat criminel. Les Génocides au XXe siècle (Ed. Seuil) et L'innocence des victimes au siècle des génocides (Desclée de Brouwer). Une définition qui se heurte, explique-t-il, aux risques de banalisation, d'appropriation par tous les peuples portant une charge affective comparable et de comparaison entre les douleurs mémorielles.
Sources officielles et témoignages
C’est à la fin des années 90 qu’Yves Ternon commence à rendre public ses sources, archives, manuscrits et correspondances. Notamment dans son Enquête sur la négation d’un génocide (Ed. Parenthèses), où l’historien traduit et analyse des sources officielles, personnelles et des témoignages pour mettre en lumière le plan d’extermination et de déportation des Arméniens et les modalités d’exécution. Dans cette enquête, il éclaire également les mécanismes de révisionnisme historique appliqués par l’Etat turc et l’amnésie historique le monde peut se faire complice.
30 ans de résistance
A noter, enfin, la parution récente d'Eclats de voix (Ed. du Félin), préfacé par Meïr Waintrater, retraçant à travers les chroniques de trente années de collaboration au quotidien arménien Haratch, l'itinéraire de cet historien remarquable dont la force d'indignation ne faiblit pas.
Lauren Malka
















