Mon père, cet homme au cœur étranger
06/12/2011
Roman court, L’autre cœur (Ed. du Rouergue) aborde avec justesse et sensibilité, mais sans pathos inapproprié, le don d’organes et le trouble que peut entraîner ce bouleversement au sein d’une famille. A découvrir à partir de 10 ans.
L’auteur en un clin d’œil : Née à Tunis, Irène Cohen-Janca a publié de nombreux ouvrages jeunesse. En savoir plus sur Irène Cohen-Janca.
Pourquoi on aime ce livre : Une greffe de cœur perturbe l’existence de celui qui la subit, mais aussi celle de ses proches, qui l’ont tant attendue. Peut-on ressentir autre chose que de la joie et du soulagement quand l’espoir de voir l’être aimé guérir se concrétise enfin ? Dès la première page, Irène Cohen-Janca opte pour un angle original et heurte de plein fouet nos certitudes à travers le récit d’une collégienne, Héloïse, qui ne parvient pas à s’élancer dans les bras de son père lorsqu’il rentre de l’hôpital, après son opération. Les remarques réprobatrices de ses grands-parents n’y changent rien : elle a besoin de temps.
Grâce à la liberté de ton enfantine qui accompagne l’introspection de la fillette, l’auteur provoque une empathie irrésistible en rendant palpables ses angoisses : et si son papa n’était plus tout à fait le même depuis qu’il a le cœur d’un étranger ?
Irène Cohan-Janca n’en oublie pas pour autant que l’épreuve de la maladie ébranle toute la famille, notamment la mère de l’héroïne qui a la tête ailleurs depuis le diagnostic, nous raconte Héloïse : "la tête au cœur de mon père". Son petit frère aussi, qui espère naïvement que son père redeviendra son partenaire de jeu sur un terrain de foot.
Au milieu de ces émotions pesantes ressurgissent pourtant les préoccupations plus légères d’une adolescente comme les autres, symbolisées par sa paire neuve de "super presto". En dépit des circonstances, Héloïse cherche constamment à impressionner sa cousine de 13 ans, Chloé, chez qui "jamais rien de cloche".
Edité pour la première fois en 2003, ce roman d’une cinquantaine de pages fait partie de ceux qui permettent d’aborder intelligemment un thème aussi délicat que celui du don d’organes avec ses enfants. Une bonne raison pour les éditions du Rouergue de le republier dans leur collection dacOdac.
La page à corner : Page 25, Irène Cohen-Janca s’attarde sur la difficulté qu’a son héroïne à se réjouir pour son père quand on les prévient qu’un cœur est disponible. Elle ne peut s’empêcher de penser au jeune homme qui vient de mourir et à ses proches : eux aussi reçoivent au même instant un coup de téléphone qui leur annonce le drame. La description habile de ces sentiments contradictoires est incontestablement l’une des forces de ce livre.
Virginie Gruenenberger
















