"Le coeur régulier" d'Olivier Adam
19/08/2010
Sarah est la dérive. A quarante ans, elle est devenue une femme «sèche et quasi-morte». Le Cœur régulier d’Olivier Adam ressemble à un doux bercement. La prose de l’écrivain, ses phrases longues, saccadées, nous décrivent avec détails et poésie l’univers où se débat Sarah. Un roman mélancolique, une histoire poignante.
La délicatesse d’Olivier Adam confère à ce récit une douceur extrême, et cela malgré la noirceur de son thème majeur : le suicide. Tout l’art de l'écrivain de 36 ans réside dans ses descriptions de paysages, d’odeurs, d’ambiances, couplées à des réflexions psychologiques, des états d’âmes qui laissent le lecteur à fleur de peau.
A la mort de son frère avec qui elle s’était brouillée, Sarah ouvre les yeux. Elle prend le premier avion pour Tokyo, «le cœur en cavale, dans un état de confusion totale». Elle débarque dans un petit village où son frère avait séjourné, au pied des falaises, où tout n’est que «verticalité anguleuse, arêtes coupantes». C’est dans ce décor hostile, «un endroit dur, sec et désertique», qu’affluent chaque année des dizaines de désespérés pour se jeter dans le vide.
Sarah y fait la connaissance de Natsume Dombori, un héros national, sorte de sauveur qui décourage les candidats au suicide. Tous les soirs, il rode sur les falaises pour porter secours aux âmes esseulées déterminées à en finir. Il les ramène alors chez lui et les veille pendant plusieurs semaines. C’est ce Natsume Dombori lui-même qui sauva Nathan auparavant alors qu’il s’apprêtait à sauter. Seulement, quelques mois plus tard, une route, un platane, et Nathan disparait quand même. Suicide ou accident, Sarah cherche la réponse.
Maniaco dépressif, hypersensible, Nathan a toujours craché sur tout ce que sa sœur construisait. «Il ne me reconnaissait pas, persuadé que je vivais la vie d’une autre, que tout ça ce n’était pas moi». Pourtant Nathan, n’a rien bâti lui, ou trop tard. Vivant en marge, il s’obstine à écrire, geint, se plaint, et refuse de rentrer dans les cases. Mais Nathan est mal, il souffre vraiment. «Le problème c’est pas forcément les trucs qui vous arrivent, c’est ta capacité à les encaisser. Y a des gens plus fragiles que d’autres. C’est tout» comprendra plus tard Sarah.
Après la mort de ce frère adoré, elle inspecte sa propre vie, les choix qui l’ont conduit où elle est a présent, qui l’ont enfermé dans un confort moderne et certain. Entre collègues macho, enfants indifférents et mutiques, mari trop parfait, Sarah se retrouve actrice d’une comédie qu’elle n’a pas délibérément choisie. «Vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie». Mais il n'est jamais trop tard pour changer...
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