Le 11 septembre, 10 ans après : des livres révèlent les faits
13/09/2011
Après l'interview filmée de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet, voici la suite de notre série sur le "11 septembre à livres ouverts".
Les faits, d’abord les faits, dit-on habituellement à propos de l’actualité . Mais lorsqu’un événement aussi surréaliste que le 11 septembre se produit, l’actualité quitte l’intelligible et le réel pour nourrir la fiction, inspirer les romanciers. Don DeLillo, John Updike, Jay McInerney ou encore Frédéric Beigbeder ont très vite, dès le lendemain des attentats, décidé d’affronter, avec leur plume et leur imagination, ce sujet qui dépassait leur entendement.
Dix ans plus tard, plusieurs essayistes ressentent le besoin de revenir sur cette journée, d'en analyser les moindres instants, ne serait-ce que pour réaliser - ou pour prouver à certains provocateurs - qu'elle a vraiment existé. Quatre livres paraissent notamment sur le même principe de reconstitution des faits et d'analyse objective, minute après minute, de cette journée de chaos.
Le détail des 102 minutes qui ont changé le monde
Côté américain, deux journalistes du New York Times, Kevin Flynn et Jim Dwyer, retracent les 102 minutes (Ed. Privé) qui séparent l'impact du premier avion de l'effondrement de la seconde tour, vu depuis le World Trade Center. Un récit saisissant qui s'appuie sur de nombreux entretiens avec les survivants et donne la parole aux milliers d'avocats, traders, secrétaires, laveurs de carreaux, assureurs, fonctionnaires qui ont vécu cette catastrophe. Sous titré Le récit du combat pour la survie dans les Twin Towers, traduit dans une douzaine de langues et réédité à l'occasion du dixième anniversaire, ce livre a été salué dès sa publication aux Etats-Unis comme l’une des investigations les plus éclairantes sur le 11 septembre.
Une journée de chaos
En France, ce sont deux spécialistes des Etats-Unis, Dominique Simonnet et Nicole Bacharan, qui ont décidé de réunir tous les documents publiés au sujet du 11 septembre depuis 10 ans pour établir, sans jugement ni interprétation, un Minute par minute au coeur du pouvoir américain. "On croit tout connaître de ce jour là… , expliquent-ils. Les Boeing percutant le World Trade Center, les désespérés sautant dans le vide pour échapper à l’enfer, les tours qui s’effondrent en recouvrant Manhattan d’une poussière de mort, le Pentagone lui aussi en feu… Mais au delà des images obsédantes qui reviennent en boucle sur nos écrans à chaque commémoration (…) savons-nous ce qui s’est vraiment passé tout au long de cette journée ?". Du jogging matinal de George W. Bush à 6 heures du matin, à son marathon à la tombée de la nuit, pour échapper aux attaques redoutées dans le ciel américain, les deux auteurs nous entraînent au cœur des tours en flammes, à l’intérieur des avions détournés, à la Maison Blanche, au Capitole, au Pentagone, dans les bases aériennes, les avions de chasse, les tours de contrôle, les abris où le gouvernement s’est réfugié. Ils décrivent les actions et réactions de chaque acteur et témoin de l'événement. Une façon de rappeler que toute analyse doit être précédée de la connaissance la plus stricte des faits.
Voir notre interview filmée de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet
Que faisait la France le 11 septembre 2001 ?
Un point de vue partagé par deux journalistes politiques français, Mikaël Guedj et Yoanna Sultan-R’bibo, qui ont pour leur part retracé la journée du 11 septembre vue par Jacques Chirac et Lionel Jospin, respectivement chef de l’Etat et premier ministre. Dans 11 septembre, Paris, 14h46, les deux journalistes rappellent, certes, les images diffusées en boucles de l'effondrement des deux tours, celles du président Bush désarmé dans une salle de maternelle, mais s'interrogent surtout au sujet des jours qui ont suivi le 11 septembre depuis le sommet de l’Etat français, à quelques mois de nouvelles élections présidentielles. "Qui a fait le coup ? Comment en est on arrivé là ? Comment va réagir l’Amérique ? Les questions tournoient, et la plus anxiogène est aussi la plus urgente : la France est-elle menacée ?".
Peut-on tout dire sur le 11 septembre ?
Dans le rappel des faits, il y en a certains qu’on préférerait ne pas entendre. Le journaliste américain William Langewiesche, le seul à avoir pu accéder, en déjouant le système des accréditations, à Ground Zero après les attaques, décide pourtant de les rendre publics. Dans American Ground, ce grand reporter de guerre offre un témoignage politiquement incorrect, voire insoutenable en observant la gestion des événements par les pompiers les jours et les mois qui ont suivi le drame. Parue en feuilleton dans la revue The Atlantic Monthly, cette enquête dévoile les instants d’héroïsme, certes, mais aussi les délits, pillages, injustices presque inhumaines qui ont eu lieu au lendemain du drame. "Les pompiers, les policiers de la ville, ceux de la Port Authority, les ouvriers venaient tous du même milieu, et des mêmes quartiers, pas de Manhattan mais du Bronx, du Queens, de Brooklyn… C’étaient des Italiens d’origine, des Polonais, très peu de Noirs. Ce qui les réunissait entre eux, c’était l’uniforme ou le bleu de travail. C’était normal et même assez sain. Mais c’était aussi ce qui les divisait. Car on a très vite fait des pompiers des héros, et beaucoup en ont pris la grosse tête. Chaque fois que le cadavre de l’un des leurs était retiré des décombres, ils organisaient un vrai cérémonial, qui n’existait pas pour la plupart des victimes, celles qui travaillaient dans les tours, les employés de bureau". Pour ce journaliste, il semble aujourd’hui dérisoire de commémorer l’événement avec autant de solennité. "Si on ne s’était pas bloqué sur cette histoire tragique, écrit-il, peut-être n’aurions-nous pas fait ces guerres stupides ? A la prochaine attaque, que fera-t-on ?".
Peut-être fallait-il attendre septembre 2011 pour oser soulever la question ?
















