La Ve République vous souhaite une bonne année !
30/12/2011
Dans Bonne année, la France !, la Documentation française a réuni les discours des vœux présidentiels depuis Charles De Gaulle jusqu’à Nicolas Sarkozy. C’est donc toute la Ve République – la république de la télévision – qui défile dans ce livre.
Pourquoi on aime : Un livre sur les vœux présidentiels. On pouvait imaginer le résultat un peu statique, voire carrément ennuyeux. Après tout, n’est-ce pas toujours le sempiternel « Françaises, Français » ou encore « Mes chers compatriotes » qu’on entend dans la bouche du président au soir du 31 décembre ? Le même décor crème et or de l’Elysée ? Et le même « Vive la France ! » entonné en conclusion avec plus ou moins de gaieté ? Pourtant, de Charles De Gaulle à Nicolas Sarkozy, les vœux présidentiels racontent une histoire très riche.
La guerre d’Algérie, mai 68, le premier choc pétrolier, la chute du mur de Berlin, le traité de Maastricht, le conflit en ex-Yougoslavie, le réchauffement climatique… Les vœux présidentiels sont un prisme à travers lequel on lit – grâce aux photos d’archives et au solide appareil critique qui les accompagne - les guerres, les crises, les peurs, les réconciliations de ces cinquante dernières années.
Mais le plus curieux dans ce livre, c’est la voix et le ton de chaque orateur. Chez De Gaulle et Pompidou, qui n’appartiennent pas à la génération de l’image, c’est le texte qui prédomine. La belle formule pour l’un, une musique toute littéraire pour l’autre. En 1971, Pompidou déclare : « L’hiver est là et il fait froid ». Dans sa bouche, la phrase n’a rien d’une lapalissade, et s’apparenterait presque à un haïku. Valéry Giscard d’Estaing donnera un coup de jeune aux vœux présidentiels. Il se libère du protocole, revendique la simplicité. En 1975, il fait valser le bureau, allume un feu dans la cheminée, et invite sa femme Anne-Aymone à ses côtés. Plus tard, Mitterrand renoue avec la solennité de De Gaulle. N’est-ce pas lui qui a fixé les règles des vœux présidentiels ? En 1994, malade, fatigué, Mitterrand se laisse aller à l’émotion, voire à la confession : il promet « là où [il sera] » d’écouter de tout cœur son successeur. « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas », lance-t-il en conclusion. Puis viennent les tours de Chirac et de Sarkozy. Pas de fantaisie, ni de rupture, le ton cérémonieux prime, et tous deux s’inscrivent dans la tradition inaugurée par De Gaulle.
La page à corner : Le 31 décembre 1967, De Gaulle est enthousiaste comme jamais. Les points d’exclamation se bousculent sous sa plume. Il lance un grand appel d’optimisme : « En considérant la façon dont les choses se présentent, c’est vraiment avec confiance que j’envisage, pour les douze prochains mois, l’existence de notre pays. » Comment pouvait-il prévoir les bouleversements qui allaient changer la France en mai 68 ? (page 49)
Astrid Gagneur
















