La concubine rouge

La Concubine rouge : voyage au bout de l'enfer

02/08/2012

Alors que l’on célébrait cette année le cinquantième anniversaire de la Guerre d’Algérie, c’est à une toute autre guerre coloniale, méconnue et souvent oubliée, que Clément Baloup et Mathieu Jiro se sont intéressés. Dans La Concubine rouge (Gallimard), on découvre une Indochine à feux et à sang où, pour survivre, il faut choisir entre raison et morale.

 

Les auteurs en un clin d’œil : Clément Baloup et Mathieu Jiro se sont rencontrés aux Beaux Arts d’Angoulême. Ils ont depuis signé ensemble pas moins de quatre albums. Le dernier en date, La Concubine rouge, est paru le 23 mai dernier.


Pourquoi on aime : Indochine, septembre 1947. Dans ce décor de monts et de rizières, une Citroën noire roule sans s’arrêter. A son bord : Olivier Bertaux, 30 ans, capitaine au sein du corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient. Sa mission : faire taire la révolte rouge et ramener le calme dans un pays où les Viêt-Minh sont chaque jour un peu plus populaires.

 

Arrivé au camp, il découvre ses troupes : des soldats à peine pubères, endoloris par le stress et les combats, au bout du rouleau. Un seul sort du lot : le sous-officier Adhémar Tran To. Aussi effrayante que zélée, cette gueule cassée de la guerre sino-japonaise met immédiatement en garde le capitaine contre la population locale. "Je connais bien ces villageois lui dit-il. Il faut agir avec eux de même qu’avec les nuisibles (…) Leur nonchalance est trompeuse, ils sont vifs comme des serpents quand il s’agit d’aider le Viêt-Minh". Un conseil que le regard noir de cette belle et silencieuse villageoise va très vite faire oublier au capitaine Bertaux…  
 


Pourtant, La Concubine rouge n’est pas un mélo mais bel et un album de guerre. Au-delà de la romance du capitaine, c’est la violence, la solitude et la folie que racontent Clément Baloup et Mathieu Jiro. Derrière des dessins volontairement naïfs, on découvre un univers lourd, étouffant, infesté d’insectes géants. Un monde qui nous rappelle étrangement des chefs d’œuvres comme Apocalypse Now, Platoon ou Full Metal Jacket.

 

La page à corner : Touché par balle à la tête lors d’une attaque nocturne des Viêt-Minh, le capitaine Bertaux s’effondre. Plongée dans un sommeil fiévreux, il rêve de la France, du bal du 14 juillet, des feux d’artifices, d’une femme – mystérieuse, belle, nue –, et se réveille aux côtés d’un cadavre ensanglanté. La violence du contraste visuel est saisissante. (p. 27)

Emma Aurange


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23/08/2014

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