Kerouac, Spinoza, Kant : les livres de chevet de Franz-Olivier Giesbert
27/01/2012
Que signifie être spinoziste tendance Kerouac ? Dans son dernier livre Dieu, ma mère et moi, paru en janvier aux éditions Gallimard, le journaliste Franz-Olivier Giesbert évoque avec nostalgie sa relation privilégiée avec sa défunte mère, mais aussi son rapport à la religion qui a dicté ses goûts et sources d’inspiration littéraires.
Kerouac, le flirt de jeunesse
A la lecture de cet essai autobiographique, on découvre ainsi qu’adolescent, 'FOG" avait développé un féroce appétit pour la littérature et la philosophie. Amoureux de Jack Kerouac "devenu une sorte de grand frère", il confie avoir longtemps voyagé Sur la route dans les pas du roi des beatniks : "Dans sa foulée, j’ai joué au vagabond solitaire, dormi à la belle étoile, fumé des cigarettes à la marijuana, mais pas trop parce que je n’en voyais pas l’intérêt et bu comme un trou (…), écrit Franz-Olivier Giesbert, passionné. Aussi catholique, alcoolique et lunatique que lui, j’ai écrit sur des rouleaux, à sa façon, deux ou trois des mauvais petits romans que j’enchaînais alors avec une frénésie de polygraphe graphomane, en suivant sa méthode de 'littérature de l’instant', qui consistait à raconter ses expériences au fur et à mesure."
Spinoza, le coup de foudre
L’autre grand amour de Franz-Olivier Giesbert se nomme Spinoza et son Ethique, davantage portée sur la philosophie et le panthéisme : "Sa lecture fut l’un des grands chocs de ma vie, écrit-il. Je découvrais dans un livre tout ce que j’avais toujours cru savoir. Je lisais mes propres pensées, que j’aurai été bien incapable de formuler. J’étais bouleversé." D’où sa conversion inévitable : "Je crois en Dieu, écrit-il. Le Dieu spinoziste qui réunit tous les autres." Ouvertement croyant et catholique, Franz-Olivier Giesbert, développe peu à peu un rapport nouveau à la religion. Toujours en quête de nouvelles croyances, il se définit volontiers comme bouddhiste, surréaliste taoïste, zoroastrien, hindouiste, animiste, épicurien, soufiste, luthérien et bien sûr spinoziste tendance Kerouac.
Kant, le choix de la raison
Puis, vint l’âge de raison. Et la découverte de Kant que Giesbert considère comme le véritable déclencheur de sa vocation de journaliste : "Je me souviens encore de l’expression et de la posture solennelles de ma mère quand elle m’avait donné à lire Critique de la raison pure. Elle avait croisé les bras sur le livre qu’elle serrait contre son cœur et elle s’était inclinée, comme une petite révérence, avant de me le remettre entre les mains. J’avais déjà un plan de vie. Je fomentais de devenir écrivain, un grand écrivain touche-à-tout, vaguement maudit, à la Kerouac, et de donner des cours de philosophie pour assurer la pitance. Emmanuel Kant a tout changé. (…) Il m’a lavé la tête, il m’a empêché, par la suite, de tomber dans le dogmatisme."
Franz-Olivier Giesbert explique alors comment la lecture de Kant l’a définitivement éloigné de la philosophie, trop complexe à son goût, tout en développant chez lui une admiration pour le criticisme qui lui enseignait un rapport nouveau à la connaissance. "Kant ne m’a jamais semblé contradictoire avec mon spinozisme. Il ne l’était pas davantage avec le cartésianisme maternel."
Descartes, l’incompris
En effet, s’il partage la plupart des goûts littéraires de sa mère, Franz-Olivier Giesbert ne cache pas pour autant son aversion pour certains penseurs. René Descartes est de ceux-là. "Maman avait donc deux passions en dehors de sa famille : Kant et Descartes. Si je ne la remercierai jamais assez de m’avoir fait découvrir le premier, j’ai de la peine en pensant qu’elle a perdu tant de temps à gloser sur le second." Outre son esprit rationnel, l’auteur lui reproche notamment sa tentative de justification de l’existence de Dieu : "Après le ‘Je pense donc je suis’, voici le ‘Je pense à Dieu donc Dieu est’. (…) On a du mal à comprendre, pour rester poli, par quel cheminement de la pensée cette affirmation constituerait une preuve de l’existence de Dieu. N’insistons pas."
La bibliothèque idéale de FOG
Omniprésente dans cet ouvrage, on se rend compte, chapitre après chapitre, que c’est donc la religion qui a en fait dicté les goûts et influences littéraires de l’auteur. A travers, sa relation spirituelle avec Kerouac, son amour inconditionnel pour Spinoza et son admiration de la philosophie kantienne, Franz-Olivier Giesbert a développé un rapport quasiment religieux à ces auteurs, à qui il voue un véritable culte. Mais ses lectures ne s’arrêtent pas là. Outre ces coups de cœurs, Franz-Olivier Giesbert nous livre également dans cet ouvrage, sa "bibliothèque idéale" composée d’une trentaine d’indispensables qui ont "le plus compté dans [s]a vie".
On y retrouve notamment : Les poètes de Louis Aragon, Les Confessions de Saint-Augustin, L’animal que donc je suis de Jacques Derrida, Crime et Châtiment de Fedor Dostoïevski, Solitude de la pitié de Jean Giono, Pamphlet contre les catholiques de France de Julien Green, L’extase matérielle de J.M.G Clézio, Portnoy et son complexe de Philip Roth, Les aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain ou encore La Nuit d’Elie Wiesel. Tout un programme à (re)découvrir…religieusement !
Olivier Simon

















