Jean-Jacques Rousseau : portrait de l'œuvre et de l'âme
21/02/2012
Adulé par certains, sévèrement critiqué par d'autres, ce philosophe des Lumières fait toujours débat. Jean-Jacques Rousseau, le sentiment et la pensée (Ed. Glénat) nous permet mieux connaître son œuvre et sa personnalité à l'occasion du tricentenaire de sa naissance.
L'auteur en un clin d'oeil : Yves Mirodatos, qui dirige cet ouvrage collectif rassemblant plusieurs universitaires et spécialistes de Rousseau et du XVIIIe siècle, est professeur en classes préparatoires au lycée Berthollet d'Annecy.
Pourquoi on aime : "
Jean-Jacques Rousseau n'est bon qu'à être oublié", déclarait Voltaire. Depuis, les deux philosophes se font face au Panthéon et leurs influences restent égales. Qui est Rousseau ? Quels sont les grands thèmes de son œuvre ? En quoi est-elle toujours d'actualité ? Ce livre, sans viser à l'exhaustivité, répond à ces questions en abordant l'auteur sous forme thématique. La première partie l'évoque à travers des lieux importants, notamment les Charmettes à Chambéry. La seconde traite de l’œuvre musicale et de l'attitude de Rousseau avec les femmes. La dernière propose une analyse de ses œuvres comme
Emile et
Les Confessions.
Les auteurs cherchent à rendre accessible la pensée rousseauiste et à balayer quelques idées fausses. Par exemple, pour Yves Mirodatos, le sentiment de la nature ne fait pas de Rousseau un pré-romantique. En effet, loin d'entretenir un dialogue avec elle, il ne voit en la nature qu'un moyen de se sentir vivre. Si Rousseau annonce Chateaubriand et les romantiques, c'est davantage dans l'auto-analyse et l'importance accordée à la sensibilité dans un siècle dominé par la raison. Rousseau apparaît comme le premier à dévoiler son moi intime, allant jusqu'à devenir juge de lui-même, cultivant le paradoxe comme une affirmation de soi. Il écrit ainsi sur l'éducation et avoue avoir abandonné ses enfants, il raconte ses passions avec naïveté puis devient un misanthrope certain d'être persécuté.
Enfin, cet ouvrage est aussi un beau livre, avec une iconographie riche et bien légendée. On plonge ainsi dans ce XVIIIe siècle où Jean-Jacques apparaît à la fois en harmonie avec son temps et très isolé. Le sort de tous les grands esprits, peut-être.
Le regard critique : On regrette que la chronologie en fin d'ouvrage ne soit pas plus développée pour donner davantage de repères biographiques et historiques.
La page à corner : Le chapitre "Un écrivain en Savoie" (p. 27) évoque Mme de Warrens. Cette région et cette femme resteront chères au cœur de Rousseau jusqu'à sa mort. À la fois maîtresse et maman, Mme de Warrens le fait naître à la vie et l'initie à la botanique et à la musique. "Si Jean-Jacques est né à Genève en 1712, sans doute est-ce en Savoie qu'il est devenu Rousseau".
Ariane Charton