Houellebecq vu par Ben Jelloun
25/08/2010
Tahar Ben Jelloun, lauréat du prix Goncourt en 1987, a signé jeudi dernier une virulente tribune dans le journal italien La Repubblica, intitulée «Le cas Houellebecq». Il s’agit d’un véritable réquisitoire contre le dernier ouvrage de l’auteur français, La carte et le territoire, à paraitre le 8 septembre prochain. «Je ne sais pas si Teresa Cremisi, directeur des éditions Flammarion en France, aime la littérature: ce qui est sûr, c’est qu’elle a le sens du marketing».
Membre de l’Académie Goncourt, Ben Jelloun a eu «le privilège» de recevoir en avant-première le dernier livre de Michel Houellebecq «un livre qui se lit facilement, mais dont le but n’est pas clairement identifié».
Ben Jelloun considère que le livre pâtit de l’égocentrisme exacerbé de son auteur. «Il a besoin de parler avantageusement de lui-même ; il le fait en plaçant des compliments dans la bouche des autres». Dans son livre, Michel Houellebecq met en scène une galerie de personnages qui peuvent s’apparenter plus ou moins à ses avatars. Il est ainsi successivement Jed Martin, un artiste qui expose des cartes Michelin ou Jasselin, un flic chargé de mener l'enquête sur le meurtre de ... Michel Houellebecq ; et pour finir, l'écrivain mondialement connu qui, après son assassinat, se fait enterrer au cimetière du Montparnasse.
Autre faiblesse de l'ouvrage, toujours selon Ben Jelloun: Houellebecq a une fâcheuse tendance à se perdre dans d’interminables digressions pour exposer une vision du monde «pas tant que ça intéressante» et d’ajouter: «Personnellement ça ne m’importe pas beaucoup de savoir ce que pense Houellebecq des empires industriels, de l’architecture moderne ou de la peinture...».
Ces critiques virulentes auront-elles l’effet escompté ? La carte et le territoire sera-t-il condamné par le public avant d’avoir été lu et jugé par lui? Rien n’est moins sûr. Au lieu de décrédibiliser le livre, il se pourrait bien que cette attaque ne contribue finalement qu’à alimenter l’emballement médiatique autour du «nouveau Houellebecq».
















