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Cadavre exquis

Harold Cobert : "Ces cadavres exquis ont été une jubilation collective" !

23/12/2011

Dans les années 20, les plus grandes plumes du surréalisme français défilaient dans un salon du XIVe arrondissement pour se prêter au jeu des petits papiers aussi appelé le "cadavre exquis". 90 ans plus tard, une nouvelle génération d’écrivains reprend le flambeau en publiant 52 cadavres exquis (Ed. Playbac) sous forme de calendrier pour 2012. 

 

Les auteurs en un clin d’œil : Harold Cobert, écrivain français spécialiste de Mirabeau, a participé à cette aventure collective aux côtés des auteurs Irène Frain, Christine Orban, Daniel Picouly, Yann Queffélec, Tatiana de Rosnay, Didier Van Cauwelaert. En savoir plus sur Harold Cobert. 

 

Interview de Harold Cobert 

 

MyBOOX : Le cadavre exquis, tel qu’il avait été établi par les surréalistes reposait sur le principe suivant : écrire, chacun son tour, une partie de la phrase sans connaître la précédente. Avez-vous suivi les mêmes règles ? 

 

Harold Cobert : Pas exactement puisque nous avions, de notre côté, accès à l’intégralité des cadavres précédents. Notre contrainte était différente. Au lancement du projet, en automne 2010, chacun des participants a envoyé huit débuts d’histoire à Bernard Lehut, qui coordonnait le livre. Ces textes nous ont été envoyés pour écrire des suites et former des histoires collectives.

 

Plusieurs fois par semaine, nous recevions donc des textes - entre 500 et 800 signes - par mail et disposions de 24 à 48 heures pour inventer et envoyer la suite. Comme nous étions tous sur d’autres projets littéraires parallèles à celui ci, le compte à rebours était très angoissant !

 

D’autant que le jeu consistait aussi à se tendre des pièges les uns aux autres en compliquant la tâche à nos successeurs. J’ai par exemple un jour inventé l’histoire de deux vieux qui vivaient en couple et se haïssaient. A la fin de mon texte, le vieil homme pointait un pistolet sur la carotide de sa femme. J’ai terminé là dessus, comme pour dire à mon successeur "et voilà, débrouille-toi avec ça !".

 

Entre les sept écrivains, y a-t-il eu une vraie complicité dès le départ ? 

 

C’était une véritable jubilation à plusieurs ! Une fois par mois, nous nous réunissions  à l’heure du déjeuner au sous-sol des éditions Play-Bac, dans une très belle cave voûtée, pour relire ce qui avait été fait et échanger sur les prochains cadavres. Souvent, le déjeuner durait plus de trois heures et se terminait avec des bouteilles de vin et des fous rires.

 

Non seulement nous sommes devenus amis, mais nous connaissons maintenant par cœur les secrets d’écriture, les obsessions, les tics de langage des uns et des autres.  J’ai par exemple appris à percer la cruauté, la sublime cruauté d’Irène Frain, qui rend son écriture si merveilleuse !

 

Au départ, les surréalistes considéraient le cadavre exquis comme un jeu, une expérimentation ludique. Mais progressivement, ils ont décidé d’y voir un accès profond à l’inconscient. Quel est votre point de vue ? 

 

Je crois profondément que les "jeux" ramènent au "je". L’homophonie fonctionne ici très bien. Surtout lorsqu’il s’agit d’un jeu à plusieurs qui donne l’occasion de se mettre dans les pas de l’autre, de se glisser dans un autre imaginaire.

 

Pour ma part, j’ai par exemple été frappé de conclure de façon très personnelle une histoire amorcée par Yann Queffelec, intitulée "Mélo" dans laquelle un homme privé de son fils se transformait en loup garou. Mon fils venait de naître et j’ai décidé de conclure de façon positive, en renversant l’intrigue de départ pour réconcilier le père et le fils. Je n’aurais certainement rien livré de si intime sans ce début d’histoire qui m’a touché personnellement. 

 
Propos recueillis par Lauren Malka

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