Günter Grass et la Stasi
08/03/2010
Le Musée Würth-France de Erstein (Bas-Rhin) expose, jusqu’au 16 mai prochain, les œuvres plastiques de Günter Grass et de Gao Xingjian, tous deux prix Nobel de littérature. A cette occasion, le musée a reçu, samedi, la visite de l’écrivain allemand, témoin du mur de fer et des pressions exercées par la République Démocratique Allemande sur les intellectuels déclarés « subversifs ».
Lors de son intervention, l’auteur du Tambour raconte les rencontres secrètes organisées, « pendant cinq ou six ans dans des appartements privés de Berlin-Est et de Leipzig », entre les écrivains d’Allemagne de l’Ouest et d’Allemagne de l’Est. « Nous savions qu’il y avait des micros dans les appartements. Dès qu’on sortait du train, on sentait qu’on était suivi » a-t-il déclaré. La Stasi, police secrète du gouvernement communiste de RDA, tentait même, en vain, « d’envoyer des espions dans ces réunions ».
Lorsque Günter Grass signe, en 1961, une lettre ouverte critiquant la construction du mur de Berlin, il devient « Bolzen ». C’est sous ce nom de code que la Stasi le suivra jusqu’en 1989. Publié en Allemagne aujourd’hui, Günter Grass en ligne de mire -- les archives de la Stasi (éditions Christoph Links Verlag) retrace, à partir de témoignages d’anciens espions et de plus de deux mille documents d’archives, ces années de cache-cache entre le prix Nobel de littérature et la police communiste de renseignements.
Ouvertes au public depuis 1990, les archives de la Stasi sont en cours de numérisation. Près de trois millions de personnes ont déjà pu consulter ces quelques trente-neuf millions de fiches cartonnées et cent-dix kilomètres de documents alignés, symbole d’une époque où le Mur de Berlin était encore debout.

















