Fred Paronuzzi : Braquage à l'américaine
20/02/2012
Alors que Benjamin est dans le couloir de la mort, Léo veut apprendre à connaître cet homme qu’il n’a jamais vu. Récit d’une belle rencontre épistolaire, Mon père est américain (Thierry Magnier) présente leur correspondance.
L’auteur en en clin d’œil : Né en 1967 en Savoie, Fred Paronuzzi est passionné de voyages et a longtemps travaillé à l’étranger. En savoir plus sur Fred Paronuzzi.
Pourquoi on aime : Le monde de Léo s’écroule quand il découvre que son père attend son exécution dans une prison américaine. "Jusqu’à hier, on aurait dit de lui qu’il était un ado sans problème", prévient l’auteur. Mais aujourd’hui, il est perdu.
Faisant écho à sa confusion, l’écriture intrusive rend tangibles les sentiments ambivalents du héros qui est tour à tour furieux, angoissé, impatient ou intimidé. Quand il se décide finalement à adresser une lettre à son père, il soigne ses tournures de phrases, renonce à ce premier "Papa" qu’il juge trop affectueux, opte pour le "bonjour (…) neutre, passe-partout, [qui] n’engage à rien". Comme lui, Fred Paronuzzi manie habilement ses mots pour provoquer l'empathie du lecteur qui s'attache peu à peu à ce garçon de 16 ans en mal d'explications.
Comment Benjamin est-il devenu un criminel ? L’histoire est finalement classique : un braquage dans un 7-Eleven qui tourne mal, une course poursuite, une prise d'otage très médiatisée, l’engrenage infernal. "Est-ce que tu peux vivre avec ça ?", lui demande son père. Léo décide qu’il le peut, mais ne lui cherche pas d’excuse : il a fait "une énorme connerie, c’est sûr". Peu à peu, se tisse une relation touchante entre ces deux êtres.
L’auteur n’en oublie pas pour autant ce qui rythme le quotidien d’un lycéen en abordant les thèmes plus anodins de la première relation amoureuse, des conflits avec les parents et de tous ces mots jetés à la figure de l’autre qui dépassent la pensée, mais aussi de l’amitié avec la complicité qu’elle implique. Grâce à ces petites touches plus légères et à l’espoir d’une peine commuée en réclusion à perpétuité, Fred Paronuzzi parvient à nous faire envisager la situation d’un point de vue optimiste malgré le contexte lourd initial et nous livre, au passage, sa définition de la seconde chance.
La page à corner : Page 64, Léo parcourt la première lettre de Benjamin, très directe malgré l’émotion qui s’en dégage. Son père a certes pleuré comme "un vrai gosse" en lisant les mots de son fils, mais il a conscience qu’ils ne peuvent pas simplement rattraper le temps perdu en faisant abstraction de son crime. S’il n’est pas question de pardon, la problématique de l’acceptation de l’autre et de son passé, aussi difficile soit-il à assumer, est récurrente dans le livre.
Virginie Gruenenberger
















