BOOXClub : le Goncourt des chroniqueurs

BOOXClub : le Goncourt des chroniqueurs

06/10/2010

Alors que l’Académie Goncourt a rendu public hier sa deuxième sélection, c’est cette semaine au tour des membres du BOOXClub d’élire leurs coups de coeur de la rentrée littéraire 2010. Après le Goncourt des blogueuses, celui des passionnés de lecture. 

 

 

 

 

 

 

 A commencer par Virginie Neufville pour qui Ouragan de Laurent Gaudé est le roman incontournable de cette rentrée littéraire. Cinq après l’ouragan Katrina, Laurent Gaudé revient sur le drame qui a décimé la Nouvelle-Orléans, et plus particulièrement sur « les oubliés de la tragédie ». Parmi eux, « une vieille femme noire refusant de quitter sa maison, un prisonnier détenu dans une prison abandonnée par ses gardiens, un prêtre pris de démence, et un homme à la recherche de sa maitresse ». Des personnages qui, comme dans une sorte de manège narratif, vont tour à tour prendre la parole pour raconter ces quelques heures qui vont changer leur vie. « Loin du pathos, c’est une véritable ode à la vie » que nous offre Laurent Gaudé. Une vision de « la porte des enfers » qui, si l’on en croit Virginie, est là pour nous rappeler « notre condition et nos valeurs ».
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quittons la Nouvelle-Orléans pour le Dakota du Nord, c’est là, au beau milieu du Middle West, que l’on retrouve les personnages de La malédiction des colombes, dernier roman de Louise Erdrich et coup de cœur de Vincent Ricouleau. « C’est l’histoire d’un grand-père indien, Mooshum, qui raconte son histoire à sa petite-fille, Evelina » : sa jeunesse, son mariage, mais aussi la façon dont il a échappé à un terrible lynchage. Fidèle au thème de « l’indianité » qui lui est cher, Louise Erdrich se penche sur « la transmission d’une culture, des coutumes, et la communication entre les générations ». Conquis par l’histoire, Vincent tient également à rendre hommage à la traductrice de Louise Erdrich, Isabelle Reinharez, « qui sait parfaitement coller au style de l’écrivain ». A présent, ce lecteur assidu ne rêve plus que d’une chose : voir les romans « plein d’images » de « son écrivain américain préféré » adaptés sur grand écran.

 

 

  

 

 

 

 

Changement de décor pour le coup de cœur d’Annick Donsimoni, Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari. Alger, 1957. Deux anciens compagnons de la guerre d’Indochine, le capitaine Degorce et le lieutenant Andreani se retrouvent dans la même cellule militaire, celle que l’Armée française vient de créer en vue d’éradiquer les différentes mouvances terroristes qui perturbent le pays. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, y compris la torture. Une pratique sur laquelle les deux hommes ont des points de vue divergents : alors que pour Andreani « c’est un mal nécessaire qui s’inscrit dans une logique de guerre », Degorce, « tiraillé par ses doutes », tente de chercher dans la Bible un remède à sa culpabilité. Loin du manichéisme et des jugements de valeurs, « Jérôme Ferrari laisse la parole à ses personnages » et propose « une vraie réflexion sur la nature humaine et la facilité avec laquelle on peut passer du statut de victime à celui de bourreau ». Où j’ai laissé mon âme, « un livre courageux qui aborde sans complaisance un sujet longtemps resté tabou, à savoir la torture pratiquée par l’Armée française en Algérie ».

 

 

 

 

 

 

Retour à la littérature américaine avec le choix de Milca Benedit : C’est de l’eau. Quelques pensées, exprimées en une occasion significative, pour vivre avec compassion de David Foster Wallace. Avec seulement une phrase par page, « ce très court texte » se lit « en une demi heure en prenant son temps ». Pour autant, si l’on en croit les dires de Milca, il devrait changer pour de bon votre vision du monde. Tiré d’un discours donné par l’auteur lors d’une remise de diplôme universitaire, il met en scène un dialogue entre deux jeunes poissons avant de s’interroger sur le sens du monde dans lequel nous vivons. « En peu de mots, il parvient à synthétiser plusieurs idées essentielles qui permettront au lecteur avisé d’être moins égocentrique et de vivre en harmonie avec lui-même et ses proches ». Qui plus est, lire C’est de l’eau, c’est aussi l’occasion de découvrir « un auteur relativement peu connu en France car peu de traducteurs ont relevé le défi de s’attaquer à des textes qu’il est courant de comparer à James Joyce »

 

 

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