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"Bifteck" de Martin Provost

24/10/2010

Après avoir raflé sept césars en 2009 pour son film «Séraphine», le réalisateur Martin Provost publie Bifteck, une fable savoureuse.


Chez les Plomeur, on est boucher de père en fils. Venu au monde alors que sa mère lardait un rôti, André Plomeur n’échappe pas à la règle. Abats, Bifteck, Côtelette, Dindon, Epaule, Filet mignon… André apprend l’alphabet avec les pièces de boucherie. Ses parents, Fernande et Loïc, ne plaisantent pas avec l’éducation de leur rejeton. Le jeune boucher devient alors une pointure dans son domaine, un as de la bidoche: «Si les pianistes naissent tous avec un don, André semblait venu sur terre avec celui qui fait chanter le bifteck».


Mais voila, en 1914 la guerre éclate et les hommes se font rares. Dernier mâle dans les parages, André, à peine pubère, découvre les plaisirs de la chair. La sous-préfète, la comtesse de Kergaradec… toutes les femmes de Quimper veulent atteindre le septième ciel dans les bras dodus de ce jeune boucher. Devant l’établissement Plomeur, la file d’attente s’allonge et les affaires prospèrent.


Jusqu’au jour ou André découvre un nouveau-né dans son jardin, le premier d’une fratrie de sept illégitimes. Les valeureux soldats de retour de la guerre commencent à sérieusement douter de la fidélité de leurs femmes. André n’a pas d’autre choix que de prendre la fuite avec ses sept marmots sous les bras. Embarquant à bord du Gretchen, le boucher doit désormais se contenter de poissons péchés et de crustacés. Direction l’Amérique, pays où «le bifteck quotidien pesait facilement cinq cents grammes dans l’assiette, sans l’os».


Dans ce texte tendre et amusant, voir loufoque, Martin Provost, renverse les préjugés. La figure du boucher n’est plus sanguinaire et brutale, mais attachante et délicate. La boucherie avec ses hachoirs et sa chambre-froide est un havre de paix et d’amour. Entre les doigts rougeauds d’Andrée, carcasses, abats, saucisses et entrecôtes prennent l’allure d’œuvres d’art. En plus de rendre ses lettres de noblesses au métier de boucher,  Bifteck célèbre l’amour paternel. Car pour André rien ne compte autant que sa progéniture: «Le spectacle qu’ils offraient était si beau à voir qu’André se surprit à pleurer».

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