BD: quand les dessinateurs se font grands reporters

BD: quand les dessinateurs se font grands reporters

26/11/2011

(AFP) - Des planches de bande dessinée pour décrire le monde et ses drames: l'idée de la BD de reportage est ancienne mais un petit groupe d'auteurs donne depuis quelques années un nouveau souffle à ce genre, livrant des témoignages bouleversants et captivants.

 

A quelques jours d'intervalle en novembre, le genre s'est enrichi d'une poignée de nouveaux albums signés par de grands noms et notamment le chef de file de ce mouvement l'Américain Joe Sacco.

 

Après le vibrant Gaza 1956, ce dernier publie une compilation de reportages chez Futuropolis, qui nous emmène de la bande de Gaza au Caucase en passant par l'Irak. Dans le même temps Chappatte, reporter dessinateur depuis 1995 et qui sillonne le monde notamment pour Le Temps et le Herald Tribune publie un recueil de reportages intitulé BD reporter tandis que Guy Delisle raconte dans Chronique de Jérusalem une année passée en Terre Sainte.

 

Conflits, révolutions, dictatures... rien n'échappe à ces reporters qui ont troqué caméra, appareil photo, micro ou clavier contre des crayons ou de l'encre.  Noir et blanc, dessin réaliste, précision du trait: un point communs distingue particulièrement le genre: le journaliste-dessinateur se met en scène et le lecteur le dans son enquête.

 

"Personnage dans mon propre travail, je me donne la permission journalistique de montrer mes interactions avec les gens que je rencontre. On apprend beaucoup des gens" dans "ces échanges personnels, que la plupart des journalistes traditionnels suppriment hélas de leurs articles", explique Joe Sacco en préface de son album. "Sur place, je fonctionne comme n'importe quel journaliste, menant des interviews, prenant des clichés. Je m'attarde aussi sur les anecdotes, sur mes émotions et mes doutes - toutes choses bannies par les règles journalistiques mais qui font le sel du réel", renchérit Patrick Chappatte.

 

Subjectivité

 

Une subjectivité qu'assume également le dessinateur américain Art Spiegelman, l'auteur du célèbre Maus, qui évoquait la Shoah et qui lui valut en 1992 le seul prix Pulitzer attribué à une BD. "La prétendue objectivité de l'appareil photo est une convention et un mensonge au même titre qu'écrire à la troisième personne au lieu de la première. Faire du BD journalisme, c'est manifester ses partis pris et un sentiment d'urgence qui font accéder le lecteur à un autre niveau d'information", affirmait ce dernier dans la presse américaine.

 

Etre au plus près de ceux qui vivent guerres et catastrophes, ceux que l'histoire à parfois tendance à oublier, voilà le pari que font ces auteurs qui estiment que la bande dessinée en immersion peut rivaliser avec le reportage classique. "Pourquoi des dessins alors que l'actualité déborde d'images, de photos, de vidéos? Je crois que le trait noir, dans son dépouillement, permet d'entrer en relation d'une façon unique: on absorbe le récit d'une victime, par exemple, sans être gêné ou distrait par l'invasivité de l'image photographique. Le dessin donne à voir sans voyeurisme", affirme Chappatte.

 

La puissance du dessin permet à ces BD de se situer à mi-chemin entre le reportage télé et écrit: la force des images, mais avec le poids des mots. "Un journaliste va écrire dans un article: les rues de Gaza sont très boueuses", explique Joe Sacco. "Mais combien de fois peut-il l'écrire? Alors que moi, je peux les montrer en permanence à l'arrière-plan, et elles collent à l'esprit du lecteur comme elles ont collé à mes chaussures".

 

 

("Reportages" - Joe Sacco - Futuropolis - 195 p. - 25 euros)

("BD Reporter - Chappatte - Glénat - 110 p. - 18 euros)

(Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle - Delcourt - 333 p. - 25 euros)

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