Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard : mémoires d'une jeune fille heurtée
27/01/2012
Evénement de la rentrée littéraire de 2012, Une Année studieuse d’Anne Wiazemsky poursuit le fil autobiographique de son œuvre en revenant sur les premiers heurts amoureux de la jeune comédienne, l’année de ses vingt ans, avec un certain Jean-Luc Godard.
L’auteur en un clin d’œil : Comédienne et écrivain, Anne Wiazemsky est aussi la petite-fille de l'Académicien François Mauriac et l’ancienne épouse de Jean-Luc Godard. En savoir plus sur Anne Wiazemsky.
Pourquoi on aime ce livre : "Crétin ! Imbécile ! Idiot ! (…) Oh pardon !". C’est par ces mots emportés, mêlés à ceux d’une lettre d’admiration, et par un heurt dans les escaliers, que commence l'histoire d’amour d’Anne Wiazemsky avec Jean-Luc Godard, l’année de la sortie de "Masculin, féminin". Dans sa lettre, adressée aux "Cahiers du cinéma", elle "lui disai(t) avoir beaucoup aimé son dernier film (…) Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui".
Mais par quelle folle spontanéité, par quelle intuition géniale cette jeune fille de vingt ans, aussi discrète, cultivée et bien élevée que pourrie gâtée par les fréquentations de sa famille - son ami Antoine Gallimard, son professeur particulier de philo Francis Jeanson, son premier rôle de comédienne avec Robert Bresson – et tétanisée par son grand père François Mauriac, parvint-elle à adresser la parole au cinéaste le plus influent de son époque ? Comment eut-elle le cran d’accepter un rendez-vous de cet homme, de vingt ans son aîné, pour déjeuner, s’embrasser et se déclarer une "flamme" incandescente - et surtout invraisemblable - devant la mairie du village de Montfrin où Anne passait ses vacances avec sa meilleure amie à réviser le rattrapage de son baccalauréat ? Qu’attendre de ce sentiment soudain entre deux gamins aussi artistes fous l’un que l’autre, prêts à se détruire pour la beauté du geste ?
Tiraillée entre l’étourdissement de cette passion naissante, l’étouffement et la jalousie précipitée de cet homme ultra-sensible et l’hostilité de toute sa famille, dont un grand père de haute autorité, Anne Wiazemsky semble courir à sa perte. Dans un style d’une simplicité rare, traduisant à merveille les sentiments insensés et pourtant si naturels des premières passions, Anne Wiazemsky revient sur les lieux mêmes de sa jeunesse comme si elle y était restée et nous surprend par son art de transformer la malédiction artistique et le spleen en une fable initatique.
Regard critique : La simplicité de l’écriture face à des sentiments si explorés par la littérature peut faire redouter le pire. On comprend pourtant, au fil du récit, que c’est un parti pris littéraire, un goût de l'enfance dont l’écrivain s’amuse avec le même talent qu’elle exercerait à ébouriffer sa coiffure pour la rendre plus naturelle.
Page à corner : "Rencontrer François Truffaut dans son bureau des Films du Carrosse m'intimidait, car je l'admirais beaucoup. Mais il se montra accueillant et chaleureux (...) L'échange entre lui et Jean-Luc fut très animé, très brillant et très joyeux. Au moment de nous séparer, il me dit : "Merci d'être entrée dans la vie de Jean-Luc, il est heureux comme je ne l'ai pas vu depuis longtemps si ce n'est jamais" (...) Plus tard, en m'écoutant parler et reparler de cette "merveilleuse rencontre", il me demanda un peu inquiet : "Tu ne vas pas tomber amoureuse de Truffaut, j'espère ?"". (p.82)
Lauren Malka

















