Alexandre Jardin a fini de rire
04/01/2011
Dans Des gens très bien, Alexandre Jardin raconte la part d’ombre de sa famille : le passé de son aïeul Jean Jardin, dit le Nain Jaune, directeur de cabinet de Pierre Laval.
Alexandre Jardin, ce zèbre auteur de Fanfan et du Petit Sauvage, a fini de rire. Fini les pirouettes et les galopades, qui ont habilement dressé un écran de fumée devant un secret de famille honteux : le passé antisémite de son grand-père Jean Jardin sous l’Occupation.
Depuis longtemps, la famille Jardin, cette tribu de loufoques, inspire les mémorialistes et les biographes. A commencer par Pascal Jardin, connu aussi sous le surnom de Zubial. En 1978, il publie une déclaration d’amour à son père Jean. Ça donne Le Nain Jaune, un best-seller. En 1986, Pierre Assouline publie Une éminence grise, biographie de Jean Jardin, cet homme politique mystérieux, ami de Paul Morand, d’Egdar Faure et de Jean Giraudoux. C’est ensuite au tour d’Alexandre Jardin de se pencher sur son clan. En 2005, dans Le Roman des Jardin, il raconte les frasques tourbillonnantes de ses aïeux. «Ce livre trop gai me met désormais mal à l’aise», écrit-il aujourd’hui. Pourquoi ? Selon lui, tous les biographes de la famille, Alexandre Jardin compris, ont été abusés par l’apparente sympathie du Nain Jaune.
A l’origine Des gens très bien, il y a un donc un malaise, un secret difficile à avaler, et qu’Alexandre Jardin a toute sa vie tenté d’effacer à coup de gaieté. Il nous le livre ici. Des gens très bien retrace le parcours du romancier, depuis son adolescence jusqu’à aujourd’hui, pour se réconcilier avec la honte de la famille, le passé antisémite du Nain Jaune.
Depuis que les biographes s’intéressent au Nain Jaune, tout le monde sait que Jean Jardin fut un proche collaborateur de Laval, et l’ami de toute une coterie collabo. Ce n’est pas là que le bât blesse réellement. Ce qui dérange Alexandre Jardin, c’est que le Nain Jaune se trouvait aux manettes de l’Etat vichyste au moment de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942. En tant que chef de cabinet de Laval, il n’a pas pu ignorer cette horreur.
Le Nain Jaune était-il au courant du trajet des trains de déportation ? Que savait-il sur la Shoah ? Aurait-il pu donner un autre sens à cette tragique histoire ? Toutes ces questions jalonnent cette enquête double, qui porte à la fois sur le Nain Jaune et sur l’aveuglement de son petit-fils Alexandre.
Avec sincérité, émotion, dégoût, mais sans jamais se départir de sa gouaille, Alexandre Jardin assemble les pièces de son puzzle familial. Il raconte comment il s’est amouraché d’une Juive, pour laver la tache de son grand-père, se remémore la découverte des archives du Nain Jaune comportant les discours antisémites de Pierre Laval qu’il annotait consciencieusement.
Avec ce livre, Alexandre Jardin fend enfin «son costume d’arlequin», et se met totalement à nu.
Astrid Gagneur
















